Edward & Bella

Edward & Bella

dimanche 25 novembre 2012

59 - Fous, alliés


Hellooo°°° !
Oui ! je sais ! ça fait un bail que je n'avais pas posté !
Sometimes, real life sucks !
Bref, j'en ai assez dit et sur ce, bonne lecture !
ENJOY !

********************

Ma respiration se coupa subitement suite aux paroles d’Alice et je m’aperçus que je n’étais pas le seul. Tout le monde retenait son souffle. Il n’y avait pas un son, pas un bruit, pas un mot. Rien. Ça donnait l’impression d’assister à une veillée funèbre…
Un silence des plus lugubres régnait dans la pièce alors que nous nous observions les uns les autres dans le blanc des yeux.
Puis brusquement, après un échange de regards éloquents, Carlisle et Éléazar sortirent leurs téléphones respectifs et tapèrent comme des acharnés sur leurs claviers tactiles.
Les minutes s’écoulèrent… Puis les heures…
Enfin, les amis de Jasper, Peter et Charlotte, arrivèrent en trombe, les yeux écarquillés et la peur au ventre, à l’affût de la moindre nouvelle.
Puis les Égyptiens entrèrent dans la villa, talonnés de près par les Irlandais
La Meute de Jacob débarqua comme un chien dans un jeu de quille, prenant soin à ce que Sam n’en sache rien, ayant caché leurs moindres faits et gestes en partant précipitamment de La Push.
J’étais… dans la quatrième dimension. Je ne comprenais plus rien.
Éléazar et Carlisle échangèrent des propos affolés, bien trop rapides pour que je comprenne quoique ce soit. Mon esprit était à mille lieues d’ici et je ne parvenais pas à capter la teneur de leur inquiétude.
Ma Bella s’était réfugiée tout contre moi, resserrant étroitement mes bras autour de son petit corps gracile. Sans que je ne m’en aperçoive, elle nous avait englobés dans une bulle protectrice. J’avais l’impression que nous étions recouverts d’un film fin, comme ce film alimentaire dont les humains se servent pour protéger leurs denrées périssables.
Ils arrivent.
Ils arrivent…
C’est bien beau de savoir ça, mais ça ne nous dit pas quand !

- Bella, arrête ça s’il te plait ! Je ne vous vois plus… Supplia Alice, une grimace déformant ses lèvres alors que nos futurs à Bella et moi avaient disparu.
- Je ne peux pas… Je n’y arrive pas… Je ne veux pas… Marmonna difficilement mon ange en secouant la tête contre mon torse.
- S’il te plait Bella, j’ai besoin de vous voir ! Continua-t-elle d’une voix douce.

Bella gémit tel un animal à l’agonie, et malgré tous ses instincts qui l’intimaient de protéger ce qui est sien, je sentis le film se déchirer pour finalement s’oblitérer. Elle tremblait entre mes bras, se faisant violence pour ne pas me recouvrir de sa protection à nouveau.
Alice lui chuchota un faible « merci » lorsque nos futurs réapparurent et Jasper bombarda la pièce d’une vague de calme.

- Aro. Il faut prévenir Aro. Dit Emmett, sa voix ayant perdu ses accents enjoués.
- C’est déjà fait. Marcus et lui viennent de prendre la route, ils devraient être là demain soir. Répondit Éléazar en se frottant le visage d’un air las.
- Les Amazones… Quelqu’un a-t-il prévenu les Amazones ? On peut compter sur elles, elles détestent Caïus et haïssent Félix. Elles nous avaient promis leur soutien. Et puis le don de Zafrina peut nous être utile, non ? Demanda Jasper, déjà en mode stratège.
- Elles sont en route, elles comptaient venir nous voir avant d’aller en Alaska rendre visite à Éléazar. Kachiri a trouvé son compagnon et il aurait un don, mais elle ne sait pas quoi. Elles devraient arriver dans trois jours, peut-être plus, peut-être moins, cela dépend du temps. Répondit Alice, les yeux dans le vague.

Puis la vision changea, son regard s’écarquilla et elle hurla.

- ATTENTION !

Ses yeux se fixèrent sur la porte d’entrée, écarquillés par la terreur.
Nous nous mîmes tous en position ; Esmée, Carmen, Kate, Garrett et les Égyptiens s’étaient placés contre Charlie et Sue, faisant barrage de leurs corps pour protéger les humains. Bella nous enveloppa de sa bulle protectrice, puis nous entendîmes le bruit d’une course rapide et la porte s’ouvrit dans un fracas épouvantable, poussée par un vampire à la chevelure de feu, les vêtements en lambeaux et l’air sauvage. Je grognais en la voyant, comme les autres.
Nous étions tous figés de stupeur par l’apparition de notre intruse, bien abrités sous l’enveloppe protectrice de mon ange ; elle ne pouvait nous atteindre, nous ne pouvions l’attraper.
Un sanglot épouvantablement douloureux, tel le hurlement d’un animal à l’agonie, déchira le silence pesant qui régnait en ce lieu. Je me retournais prestement et eus tout juste le temps de voir Riley se précipiter sur la nouvelle venue avant d’être stoppé en pleine course par le mur invisible dressé par ma Bella. Il cognait de toutes ses forces contre le bouclier en hurlant de douleur.

- Victoria ? Vicky ! Ma Vicky ! Laissez-moi sortir ! Laissez-moi la toucher ! Pitié !

Il était comme possédé, hurlant, feulant, grognant, suppliant, et je me retrouvais bouche-bée en voyant la vampire aux cheveux de feu s’écrouler à genoux, le corps parcouru de spasmes et les épaules secouées de sanglots, les yeux rivés sur le nouveau-né.

- Riley ? Riley ! Merci Seigneur…

Je n’y comprenais plus rien, et apparemment, je n’étais pas le seul.
Laurent observait son ancienne camarade de route les yeux écarquillés comme deux ronds de flan et la bouche grande ouverte. Irina la lui referma en appuyant sur son menton d’un coup sec.
Jasper scannait les émotions des uns et des autres ; tout un panel de sentiments différents y passa, de l’incrédulité à la stupeur, de la colère à la peur.
Lorsqu’il se concentra plus particulièrement sur les émotions de Riley et Victoria, je fus stupéfait par leur joie de se revoir et leur amour. Leurs pensées faisaient écho à leurs sentiments et après un échange de regard des plus étonnés, Jasper hocha légèrement la tête. Je posai une main sur l’épaule de Bella, l’incitant au calme et à libérer Riley de son emprise. Elle fouilla longuement mon regard avant de fermer les yeux, puis fit glisser le bouclier hors de Riley, nous gardant néanmoins sous sa protection.
Dès qu’il s’aperçut qu’il était libre de ses mouvements, il se jeta sur la rousse et l’enserra étroitement, au point que les os de la vampire craquèrent sous la puissance de son étreinte ; si elle avait mal, elle n’en disait rien, bien trop occupée à l’embrasser goulûment et à l’enlacer de toutes ses forces. Lorsqu’elle s’écarta finalement de lui, ses yeux luisaient d’émerveillement.

- Tu es là ? Tu es vraiment là ? Je ne rêve pas ? Oooh… Riley !
- Tu ne rêves pas, ma Vicky, je suis bien là. Tu m’as tellement manquée ! Comment ? Comment as-tu deviné que j’étais là ? Lui demanda le nouveau-né, le regard transi d’amour.
- Je ne savais pas ! Je ne savais même pas si tu étais vivant, je ne savais pas que vous vous en étiez sortis tous les trois… J’ai eu tellement peur si tu savais ! Je venais… je venais simplement demander protection auprès des Cullen. Si j’avais su que tu étais sur leurs terres, j’aurais tout fait pour m’évader avant ! Lui jura-t-elle avec ferveur.

Sentant que le danger était écarté, du moins pour le moment, Bella fit retomber son bouclier tout en contemplant avec effarement le couple qui se tenait dans l’entrée. Victoria, le visage enfoui dans le cou de Riley, inspirait lentement afin de calmer ses sanglots tout en grattouillant tendrement le crâne du jeune vampire afin de se rassurer, puis elle se détacha finalement du nouveau-né, un sourire serein aux lèvres, avant de lever les yeux et chercher quelqu’un dans la foule. Lorsque son regard tomba sur ma Bella, elle s’écarta de Riley et s’approcha de ma femme, un sourire faiblard aux lèvres.

- Merci Bella. Je n’ai pas eu le temps de le faire avant, je n’en avais pas non plus les moyens, mais merci. Sincèrement. Lui dit-elle d’une voix décidée.
- Euh… Bah… Huuum… Y’a pas de quoi… Mais euh… pourquoi ?
- Pour avoir tué James. Je suis libre désormais et c’est à toi que je le dois. Merci. Répondit Victoria d’une voix décidée.

Laurent, qui jusqu’à présent était resté silencieux face à l’arrivée de son ancienne camarade de route, se releva furibond, ses sentiments passant de l’incrédulité à la méfiance en un battement de cil.

- Non mais tu nous fais quoi, Vic ? Tu nous la joues à la Cosette, c’est ça ? « Je suis libre désormais »… nianiania… blablabla…  J’ai passé près d’un siècle avec James et toi, je ne t’ai jamais vue, ni entendue te plaindre ! À ce que je sache, t’avais plutôt l’air ravie lorsqu’il te prenait sauvagement contre un arbre et que tu braillais comme une truie en rut alors tu vas pas me... OUCH ! La vache, ça fait mal !

Laurent se massait les mâchoires, observant avec effarement un Riley qui serrait les poings, prêt à le frapper une seconde fois si Victoria ne l’avait pas retenu.

- Tu. Ne. Sais. Rien. Tais-toi, Laurent, ferme-la ou je ne réponds plus de moi. Siffla le nouveau-né d’une voix venimeuse alors qu’Irina se jetait devant son compagnon, le protégeant de son corps, les yeux écarquillés par la stupeur.
- Ah ! Ah ! Non mais tu t’entends parler, gamin ? Tu la connais depuis combien de temps? Quelques mois à peine, non ? J’ai plusieurs décennies à mon actif. J’y peux rien si tu t’es laissé embobiner par cette pouffiasse ! Railla Laurent en secouant la tête, plaignant en pensées la naïveté du nouveau-né.
- J’ai dit la ferm…
- Arrête Riley ! S’interposa la flamboyante rousse alors qu’il allait une fois de plus frapper notre ami. Il ne sait rien de mon histoire, personne ne le sait à part toi. C’est normal qu’il réagisse de cette façon, mets-toi à sa place.
- Tu délires ? Il t’insulte, te traîne plus bas que terre et tu prends quand même sa défense ?

Une brusque vague de léthargie retomba dans la pièce alors que les esprits s’échauffaient de plus en plus, et Jasper ceintura Riley avant de le forcer à s’asseoir, pour finalement se tourner vers la source de conflits et prendre la parole.

- Je crois que le plus simple serait que tu t’expliques une bonne fois pour toutes, Victoria. Les émotions de Laurent sont criantes de vérité, ce qui veut dire que ses souvenirs de toi sont réels, il ne ment pas. Par contre, je ne sens que sincérité et honnêteté venant de toi, ce qui veut dire que tu ne mens pas non plus. Comprends bien qu’entre Laurent et toi, nous aurons plutôt tendance à le croire lui, ça fait plusieurs années qu’on se connaît et il ne nous a jamais menti alors que toi…

Un grondement sourd s’échappa de la gorge de Riley lorsqu’il entendit les propos de mon frère, mais un geste de Victoria le stoppa immédiatement. Elle semblait gênée d’être le centre d’attention, son attitude timide contrastait totalement avec celle affichée lors de notre dernière entrevue, lorsqu’elle était accompagnée de James. Elle ferma brièvement les yeux et inspira longuement afin de se donner le courage de parler puis s’installa sur le siège que mon père lui désignait avant de se tourner vers Laurent.

- Je comprends parfaitement ta réaction, Lau, tu ne peux pas savoir, personne ne savait, mais je n’avais pas le choix…
- On a toujours le choix Vic ! S’exclama-t-il furibond.
- Laurent… Ne m’interromps pas, s’il te plait. Laisse-moi parler et ensuite, tu aviseras… Vous aviserez. Tous. Je comprends que tu n’aies pas confiance, mais n’oublie pas qu’il y a un télépathe et un lecteur d’émotions. Si je peux te berner toi, en ce qui les concerne, je n’y arriverai pas !

Elle s’esclaffa amèrement puis secoua la tête avant de plonger son regard dans celui de Riley. Il lui sourit doucement et lui tapota la main. Victoria inspira longuement puis se tourna finalement vers nous.

- Je suis née en 1799, à l’aube du XIXème siècle. A cette époque, les femmes n’avaient pas voix au chapitre, surtout celles, comme moi, venant de la haute société. Mon père avait choisi de me marier avec le fils d’un notable influent, qui détenait l’une des plus grandes plantations de tabac, à l’est du Mississipi. Moi, je voulais étudier… apprendre… connaître… savoir… voyager… découvrir le monde… alors en attendant mes 19 ans, jour de mes épousailles arrangées, mon père m’a envoyée dans un pensionnat. C’était mieux que rien ! J’avais accès aux études, un accès limité certes, mais au moins, j’apprenais, contrairement aux autres filles de bonnes familles qui n’étaient que de très belles idiotes, de magnifiques potiches à la cervelle pleine de vide. Je n’ai jamais rencontré mon fiancé. À peine sortie du pensionnat, alors que mes parents et moi faisions route jusqu’à la plantation de mon futur époux, nous avons été attaqués. Un groupe de brigands avait aperçu notre diligence et venait nous dépouiller de nos biens. Han ! Vous me croyez si je vous dis que ma mère les a suppliés de me prendre moi et de lui laisser ses foutus bijoux ? Si, si, je vous jure ! Cette garce tenait plus à ses babioles et à sa verroterie de merde qu’à sa propre fille… Toujours est-il que lorsque ces ordures ont entendu, de la bouche même de ma mère, que j’étais vierge, ils se sont jetés sur moi… Je leur ai échappé. Je ne sais pas comment j’ai fait, ils étaient six et pourtant, je leur filais entre les doigts à chaque fois ! Malheureusement, au bout d’un moment, j’ai fini par être trop épuisée pour me battre, et alors que les bandits se ruaient sur moi, il est arrivé. James. Je n’avais jamais vu un être aussi beau. J’avais l’impression d’être face à un ange, un ange des ténèbres. Il était en proie à une colère noire, dévastatrice. Tout en me parlant d’une voix douce, me rassurant constamment, il s’est débarrassé de mes assaillants avec une aisance  incroyable. Mes pauvres yeux humains percevaient à peine ses mouvements, alors je le prenais pour une créature céleste ! Mais lorsque je l’ai vu arracher la carotide de l’un des brigands et s’abreuver à grands traits, j’ai hurlé, hurlé… Puis il s’est finalement approché de moi lentement, un filet de sang coulant à la commissure de ses lèvres, tout en m’apaisant de ses paroles, avant de se jeter à mon cou. J’ai subi la brûlure du venin pendant trois jours, trois jours pendant lesquels je l’entendais dire que mon talent était bien trop précieux pour être gâché. Il parlait de ma capacité à m’échapper, évidemment. Lorsque j’ai ouvert les yeux et que j’ai senti l’odeur du sang frais émanant de deux corps aux cœurs battant vigoureusement, je me suis jetée dessus sans même réfléchir. Une fois mes proies achevées, je me suis aperçue qu’il s’agissait de mes parents. Si je n’ai pas pleuré ma mère – après tout elle m’avait donnée à ces bandits – j’étais désespérée d’avoir tué mon père. C’était un homme bon et de sa petite princesse, je suis devenue son bourreau. James riait de ma douleur, il riait ! J’ai hurlé et je me suis jetée sur lui avant de m’enfuir. Il m’a retrouvée en à peine quelques minutes, je ne savais pas encore qu’il était un traqueur. Il m’a ramenée dans la caverne où je m’étais réveillée, les corps de mes parents y gisaient toujours, puis il m’a démembrée avant de me violer et de me torturer, encore et encore. Au bout de ma dixième évasion, j’ai compris que je ne pourrais jamais le fuir, et même si je n’avais qu’une pitoyable vie, j’existais toujours ! Et je tenais trop à ma misérable vie pour lui désobéir encore. J’ai fini par accepter son côté sadique. Si j’étais docile, il était gentil avec moi. Je savais très bien que James me gardait en vie uniquement à cause de mon don. Lorsque Laurent nous a rejoints, cela faisait dix ans que je m’étais fait une raison. Alors oui mon ami, je me prêtais aux jeux de James sans aucune hésitation, mais au moins, j’étais en vie. Au fil du temps, tu nous as quittés, tu as continué ton bonhomme de chemin, et nous le nôtre. Puis nous avons participé aux fausses recherches du père de Bella, mais je ne savais pas pourquoi. Avec le temps, croyez-moi, je ne posais plus de questions, c’était bien trop cher payé ! Puis elle a pu s’échapper, tuant James au passage. Pour la première fois depuis ma transformation, j’étais enfin heureuse, et je me croyais libre ! Malheureusement, Felix est entré dans une rage noire en voyant que tu t’étais enfuie avec les humains et nous avons tous subi sa… colère. J’ai voulu partir ensuite mais… il a décidé de faire de moi son nouveau jouet en attendant de récupérer Bella. Pff ! Comme si je n’en avais pas assez subi depuis tout ce temps ! Puis Riley est arrivé. Nous nous sommes reconnus immédiatement. Je ne voulais pas qu’il reste, j’avais trop peur que Felix finisse par le tuer ! Alors j’ai fait ce qu’il fallait pour endormir sa méfiance afin que Riley, Bree et Diego s’enfuient. Je pensais qu’Alec allait les suivre, mais il a préféré les couvrir.  Lorsque la troupe que Felix avait envoyée à leur recherche n’est pas rentrée, il a su qu’ils étaient morts, j’ai cru que mon Riley était mort ! Alors j’ai profité d’un moment… d’égarement de Felix pour m’enfuir à mon tour. Je suis partie il y a une semaine. J’aurais pu arriver plus vite, mais je voulais les semer et masquer mes traces. Je ne savais pas où aller puis j’ai pensé à vous, je venais vous voir pour demander asile. Je… Je…

Elle fut incapable de continuer son récit, le corps parcouru de violents sanglots, à la fois terrifiée, soulagée, désespérée, rassurée. J’avais perçu de-ci, de-là quelques-uns de ses souvenirs, et à part une existence de brutalité et de tortures, Victoria n’avait rien connu. Cependant, je pouvais affirmer une chose, elle aimait réellement Riley et avait tout fait pour le protéger, allant jusqu’à s’offrir à Felix.
Laurent, qui arborait un sourire sarcastique au début du récit, était désormais affligé et honteux de lui-même. Il s’en voulait de ne pas avoir vu ce que Victoria avait subi, de ne pas avoir su décrypter les signes en la voyant parfois si soumise et effacée aux côtés de James. Il ouvrit la bouche et la referma à plusieurs reprises, incapable de prononcer  une phrase cohérente. Finalement, il la darda d’un regard triste avant d’enfermer ses mains entre les siennes.

- Je suis désolé, Vic. Je ne peux même pas te dire à quel point je suis désolé… Mais pourquoi n’as-tu jamais rien dit ? Pourquoi ne m’as-tu pas suivie lorsque je suis parti ? Je t’aurai aidée, tu sais. Lui dit-il d’une voix douce.
- Je sais, Lau mais… j’avais honte, tu comprends ? Honte de le laisser me traiter ainsi, honte de le laisser me salir ! Honnêtement, m’aurais-tu cru, à l’époque, si je t’avais dit ce que James me faisait ?
- Je… Je ne sais pas, je n’en sais rien. Je…
- Ce qui est fait est fait, Laurent. On ne peut malheureusement plus revenir en arrière, quand bien même je le souhaite de toutes mes forces. Marmonna Victoria d’une voix faible avant de se ressaisir. Toujours est-il que je ne suis pas là pour ça. Comme je l’ai dit plus tôt, je suis venue demander asile aux Cullen, mais je voulais également les prévenir.
- Nous prévenir de quoi, Victoria ? Demanda Carlisle qui s’était subitement redressé.

Victoria souffla profondément avant de le darder d’un regard décidé.

- Ils vont vous attaquer, bientôt. Quand exactement, je n’en ai pas la moindre idée. Mais ils vont vous attaquer sous peu.
- Qui sont ce « ils » dont tu nous parles ? L’interrogea mon père, suspicieux.
- Felix, mais ça vous devez vous en douter, avec l’appui des Volturi.
- Les Volturi ?! En es-tu sûre ? S’exclama Alice d’une voix suraiguë.
- Oui. À plusieurs reprises, j’ai perçu des bribes de conversations téléphoniques entre Felix et Caïus, lorsque l’autre cinglé pensait que je n’étais pas en état de comprendre. Caïus disait qu’ils étaient prêts à se mettre en route.

Je vis dans l’esprit de Victoria ce qu’elle sous-entendait par « ne pas être en état ». En général, cela arrivait lorsque Felix la laissait complètement brisée dans un coin de sa chambre, après l’avoir abusée, encore et encore. Elle secoua la tête pour chasser ces images sordides de son esprit et me fit un sourire faible après avoir compris que j’avais perçu, malgré moi, ses pensées. Je lui lançais un regard peiné et compatissant tandis que Bella lui tapotait doucement la main, sachant parfaitement ce que Victoria avait pu subir.

- Victoria, saurais-tu, par hasard, combien sont-ils ou encore pourquoi souhaitent-ils nous attaquer ? Continua Carlisle.
- Avant toute chose, ils veulent Bella. Et à n’importe quel prix. Elle serait leur atout majeur pour l’instauration du Nouvel Ordre Mondial. En fait, les Volturi, aidés de Felix, souhaitent renverser l’ordre actuel des choses et se révéler aux humains afin de les asservir. Ils estiment qu’en tant que maillon suprême de la chaîne alimentaire, c’est à nous, vampires, de diriger le monde. Felix veut également tuer Edward de ses propres mains pour avoir osé souiller son bien, sous-entendu Bella. Il dirige deux camps de nouveau-nés, l’un au Canada, à l’endroit même où elle a été séquestrée, et un autre à une petite centaine de kilomètres de Seattle. Il y a approximativement une soixantaine de nouveau-nés, mais en ce qui concerne les Volturi… Je sais qu’ils ont une armée de jeunes vampires, mais je n’en connais pas le nombre.

Alors que j’allais lui dire que les Volturi, du moins Aro et Marcus, étaient à nos côtés, les pensées d’Alice me parvinrent.

Ne lui dis pas, pas encore. Elle le saura bien assez tôt, ils arrivent de toute façon. Mais elle a encore des choses à déballer avant, alors tais-toi.

Alors qu’il écoutait calmement le récit de notre nouvelle venue, Paul se redressa subitement, furibond.

- Et pourquoi on devrait la croire la sangsue, hein ? Pourquoi ? Après tous les mensonges qu’elle nous a déballés, pourquoi on devrait croire ses petites histoires ?
- Je comprends parfaitement que…
- Tais-toi le parasite ! J’veux pas t’entendre ! T’es qu’une foutue menteuse et…
- Paul, Calmes-toi ! Le coupa Carlisle d’une voix dure.
- Non mais vous allez pas prendre sa défense, en plus ? Vous plaisantez ?! Après tout ce qu’elle a fait ?! Faire croire de rechercher Charlie pour mieux enlever Bella par la suite et la donner à l’autre tordu ? Non mais les décennies vous sont montées grave au ciboulot ! Vous déraillez Carlisle ! Et puis…
- Paul, ça suffit ! Intima Jacob, le timbre de sa voix vibrant sourdement, amplifié par un grondement.

En entendant la voix de son Alpha, Paul se calma instantanément, non sans grincer des dents, tout en courbant l’échine avant de s’asseoir à même le sol, ses pensées venimeuses à l’encontre de Victoria s’enflammant de plus belle.

- Jake, Paul n’a pas vraiment tort, tu sais ? Commenta Jared d’une voix étonnamment douce. C’est vrai quoi ! Elle nous a quand même fait croire qu’ils nous aidaient à chercher Charlie à la base ! Et tu sais très bien comment tout cela a fini, non ?
- Je comprends votre réaction, mais croyez-moi, je n’ai jamais su pourquoi je devais venir ici. Je ne l’ai appris que bien après… Souffla Victoria d’une voix venimeuse.
- Et si tu nous en disais un peu plus ? Je sais pas pour vous, mais moi ça m’intéresse tout ça ! S’exclama Tanya en sautillant sur les genoux de son compagnon.

La vampire rousse soupira longuement, agrippant avec force sa chevelure enflammée, le visage tordu par la colère. Elle secoua la tête avant de se redresser et de nous darder d’un regard franc.

- Je ne savais pas ce que James avait en tête. En fait, je ne savais que rarement ce qu’il pensait et pour tout vous dire, je préférais ne pas m’y attarder, ça pouvait me coûter cher parfois. Toujours est-il que nous devions aller au Brésil puisque James m’avait promis de m’emmener au Carnaval de Rio. J’ai toujours rêvé de voir tous ces danseurs se trémousser dans leurs magnifiques costumes d’apparat au son d’une samba endiablée! Il m’avait donné de l’argent, qu’il avait sûrement dû voler à l’une de ses précédentes proies, pour que je fasse les magasins et prépare notre valise. Nous avions beau mener une vie de nomades et de sauvageons, lorsque nous devions prendre l’avion, nous emportions toujours au moins une valise avec nous, cela évite les questions fâcheuses. Il était parti de son côté, pour traquer sa prochaine proie, enfin c’est ce que je croyais. Lorsque je suis arrivée à notre lieu de rendez-vous le sourire aux lèvres et trainant ma grosse valise Vuitton derrière moi, il m’a dit que nous n’allions plus à Rio, qu’il voulait absolument voir Laurent, que ça faisait longtemps qu’il n’avait plus de nouvelles, que son ami lui manquait et blablabla… J’ai commencé à me plaindre en lui disant que nous pouvions toujours voir Laurent après le Carnaval – pas que je ne voulais pas te revoir, Lau, mais je rêvais d’aller à Rio – mais il m’a vite… fait taire, dirais-je. Je l’ai donc suivi jusqu’ici, persuadée qu’il ne se guidait qu’à l’aide de son talent, et vous connaissez la suite. Je n’ai su que tout cela était en fait un coup monté entre James et Felix lorsqu’ils vous ont attaqués pour enlever Bella. Je suis désolée, sincèrement désolée…

Les épaules courbées par le poids de décennies infernales, le regard perdu dans des souvenirs d’une violence sans nom et la piteuse apparence signe d’une existence à la dure, Victoria faisait peine à voir. Si, une heure auparavant, j’étais prêt à la tuer pour avoir osé participer d’une façon ou d’une autre à l’enlèvement de ma Bella, il n’en était plus rien désormais ; elle n’était qu’une victime de plus.
Les pensées des uns et des autres reflétaient parfaitement mon impression et j’en fus d’autant plus surpris lorsque je pénétrais les esprits des Quileute ; ils n’étaient plus que haine farouche, envers feu-James, Felix et toute cette folie. Je m’étranglais d’ailleurs lorsque Paul se redressa, avançant vers Victoria d’un pas assuré alors que la vampire se ratatinait sur elle-même, frémissant de toute part, et qu’il lui présenta des excuses, à sa façon. Le « pardon sangsue » aurait peut-être pu être évité, non ?
Esmée et Carmen, de leurs côtés, marmonnaient incessamment « pauvre enfant, la pauvre enfant » tandis que Riley s’enroulait étroitement autour du corps de sa compagne, cherchant à la protéger du regard des autres et des dangers qui planaient alentour.

- Mais comment avez-vous fini par aider Felix ? Demanda Laurent, particulièrement troublé par tout ce qu’il venait d’apprendre. Vous le connaissiez ? Pourtant, je ne l’avais jamais rencontré pendant les décennies que nous avons passées ensembles !
- Non, je ne le connaissais que de réputation, c’est tout dire. Et lorsque nous l’avons rejoint, je n’y comprenais plus rien ; James lui était totalement dévoué, il le suivait comme son ombre. C’est là que j’ai appris que Felix était son créateur…
- QUOI ?!

Les exclamations de stupeur et d’effarement s’élevaient de toute part suite à cette révélation. Carlisle se frotta pensivement le menton, le regard vague, avant de s’éclaircir la voix et de se tourner face à Eléazar.

- Hmmm… Voilà qui infirma la théorie du Venenum Memoria.- Venenumia ? C’est quoi ça ? Demanda la minuscule Bree en sautillant sur les genoux de son compagnon.
- Venenum Memoria. C’est juste une théorie qui affirme que les principales caractéristiques morales du créateur sont transmises à la création par l’intermédiaire du venin. Par exemple, Esmée a hérité de ma capacité à aimer inconditionnellement, Rosalie de mon obstination, Edward de ma compassion…
- Vous êtes sûrs qu’il n’y a pas eu un échange de venin par erreur pour Emmett ? Parce que là, je ne pense pas que Carlisle soit atteint de connerie chronique ! S’exclama gaiement Jasper.
- Merci Jasper, merci. Je peux te dire que j’ai énormément réfléchi à la question, et Emmett échappe totalement à la théorie du Venenum Memoria. Va savoir, peut-être que l’ours qui l’avait si sauvagement attaqué a détruit une partie de son cerveau, et bien que le venin répare énormément de choses, il ne peut rien faire pour une lobotomie ! Répliqua Carlisle en ricanant.
- Eh euh ! Mais c’est trop injuste euh ! Pleurnicha Emmett en se réfugiant contre sa compagne.
- Oh ! T’en fais pas mon gros lapin, je t’aime quand même, avec ou sans cerveau ! Rit Rosalie en lui caressant tendrement le crâne.
- Bref. Pour en revenir à cette théorie, il me semble que Felix ait transmis à James sa mégalomanie et son sadisme. Je ne pense pas me tromper, Victoria ?
- Non, y’a pas d’erreurs. Mégalomanie et sadisme décrivaient parfaitement ce monstre. Cracha-t-elle en repensant à toutes les années de tortures qu’elle avait subies auprès de lui.

Alors que Victoria se laissait aller à l’étreinte protectrice de son compagnon, les téléphones de Carlisle et Eléazar sonnèrent au moment même où le regard d’Alice se perdait dans une vision.

Marcus et Aro seront là dans moins d'une demi-heure. Il vaudrait mieux pour Victoria qu'elle ne soit pas là lors de leur arrivée, le temps qu'on puisse leur expliquer la situation.

Je hochais brièvement la tête en direction de Carlisle, cherchant un stratagème pour divertir Victoria pendant une petite heure lorsqu’Alice sautilla gaiement sur place.

- Plus on est de fous, plus on rit, non ? Bienvenue dans cette baraque de barges, Victoria ! Oh mon Dieu c’est ignoble ! Ohlala… mais qu’est-ce que tu as fait à ce pauvre ensemble griffé Jean-Paul G. ! Comment peut-on faire ça à de malheureux vêtements qui n’ont rien demandé ? Quel carnage… Allez viens ! Je devrais pouvoir te trouver quelques bricoles à te mettre, mais avant ça, un bon bain s’impose ! Si, si, je t’assure ! Tu as une chevelure magnifique, c’est un réel gâchis que de la voir pleine de feuilles et de boue ! Hop ! Hop ! Hop ! À la flotte ! S’exclama-t-elle vivement en entrainant une Victoria éberluée à sa suite.

Alors qu’Alice l’emmenait à l’étage, le regard de Victoria croisa celui des humais présents. Elle hoqueta avant de déglutir bruyamment en apercevant celui qui, jadis, avait été son prisonnier, mais elle fut plus stupéfaite encore en lisant clairement la tristesse et la compassion qui luisaient dans les prunelles chocolat du Chef Swan. Il lui fit un petit signe de la main auquel Victoria répondit, bouche-bée, et lorsque je perçus les pensées de Charlie, je ne parvenais pas à comprendre comment un homme, un humain, était capable d’une telle bonté.
La porte de la salle de bains d’Alice claqua finalement à l’étage, elles étaient hors de portée de la conversation qui allait suivre ; merci Esmée d’avoir insonorisé toutes les pièces !

- Mais que… Pourquoi… Je… Balbutia Riley, son regard passant alternativement de l’étage à chacun de nous.
- Les Volturi vont arriver. Nous avons préféré éloigner Victoria le temps de leur expliquer la situation, et une fois cela fait, nous pourrons faire les présentations, comme il se doit. Commenta Carlisle d’une voix douce. Edward, Jasper, pouvons-nous réellement lui faire confiance ? Termina-t-il en se tournant vers mon frère et moi.
- Je suis sûr et certain. Elle a risqué sa vie pour protéger Diego, Bree et Riley. Elle était prête à tout pour nous rejoindre, quitte à en mourir. Elle n’a jamais voulu de cette existence sauvage et barbare et elle sera prête à tout pour nous aider. Affirma Jasper alors que je confirmais ses paroles d’un hochement de tête.

Alors qu’Alice entretenait gaiment Victoria à l’étage, nous fîmes un compte-rendu détaillé des derniers évènements à Aro et Marcus, qui venaient tout juste d’arriver.
Aro bondit à plusieurs reprises et feula d’outrage alors que, ma main dans la sienne, il revoyait clairement certains propos échangés plus tôt.

- Pauvre, pauvre enfant. Quelle triste existence… Nous avions bien raison mon cher frère, Caïus a bien décidé de lever une armée pour nous renverser ! Gronda-t-il en se tournant vers Marcus.

 Un hoquet de stupeur nous fit nous retourner et nous aperçûmes une Victoria terrorisée se cramponnant à la rambarde d’escalier, le regard rivé sur les deux Volturi. Alors que je voyais dans son esprit les différents plans qu’elle formait pour s’échapper, Aro s’approcha d’elle lentement.

- Ne crains rien, chère enfant, nous ne te voulons pas de mal, bien au contra…
- Vous… ils… guerre…

Ses propos n’avaient ni queue, ni tête, son regard passant de l’une à l’autre des personnes présentes dans la pièce avant de se fixer sur Riley. Elle bondit prestement sur son compagnon et le saisit par la main, prête à s’enfuir. Riley fut plus rapide et enroula étroitement ses bras autour d’elle, l’obligeant à s’asseoir.

- Calmes-toi Vick, je te promets que tu ne crains rien avec eux.
- Vous… vous allez tous mourir ! Ils lèvent une armée pour nous renverser !
- Non, tu te trompes. Caïus lève une armée, Aro et Marcus veulent juste que l’ordre des choses reste tel qu’il est actuellement. Lui expliqua-t-il d’une voix douce.

Une fois Victoria à peu près calme, les Volturi lui expliquèrent donc la situation ; comment ils avaient soupçonné Caïus de vouloir renverser le pouvoir actuel, comment ils avaient récemment appris que Felix était à l’origine du meurtre de la compagne de Marcus – tout en lui cachant l’existence des derniers Enfants de la Lune – comment ils en étaient arrivés à demander le soutien de nombreux clans pour la confrontation avec Caïus, comment la Meute se battrait à nos côtés…

- En parlant de ça, le clébard en chef… euh pardon, votre chef, reprit-elle alors que les grognements outrés de la Meute s’élevaient de part et d’autre, est sous l’influence de Siegfried. C’est un illus…
- Merci de nous le confirmer, mais nous le savions déjà. Saurais-tu, par hasard, par quel genre d’illusion, il le maintient sous sa coupe ? Demanda Jacob, inquiet pour celui qui fut, il n’y a pas si longtemps encore, un frère.
- Non, je n’en ai aucune idée. Tout ce que je sais, c’est que Siegfried a beaucoup de difficulté pour le garder sous son emprise. Il est obligé de le voir tous les deux ou trois jours maximum afin de réimplanter ses illusions.

Les Quileute affichaient un sourire fier en apprenant que leur « frère » tentait de combattre le redoutable talent du vampire, et nous l’étions tous, à notre manière. Sam est un dur, il ne se laisse pas faire.
Je me tournais vers ma Bella et la trouvais le visage tourné vers l’extérieur, les sourcils froncés et le regard perdu dans ses pensées. Elle finit par secouer la tête et souffla de frustration.

- Ah ça m’énerve ! Y’a un truc qui cloche dans tout ça. Marmonna-t-elle avant de s’agripper les cheveux à deux mains tout en se tournant brusquement vers Victoria. Tu as bien dit avoir entendu Caïus qu’ils allaient le rejoindre accompagnés des nouveau-nés, non ? Ils comme dans pluriel, on est d’accord ? Lui demanda-t-elle vivement, le souffle court.
-Euh… oui. Oui, c’est bien ce que j’ai entendu. Pourquoi ?
- Oui jeune Isabella, pourquoi ? S’enquit Aro, les sourcils froncés.
- Pourquoi ? Mais la réponse est évidente, non ? Felix et Caïus ne travaillent pas seuls. Ils ont au moins le soutien d’une personne, si ce n’est plus. Répondit-elle d’un air las.

Maintenant qu’elle en parlait, il n’y avait rien de plus évident, ni de plus terrifiant. Dans un sens, c’était aussi on ne peut plus logique ; si Marcus et Aro craignaient une révolution et cherchaient des alliés pour les soutenir, Caïus, de son côté, devait la préparer depuis bien longtemps et avoir amassé des partisans…
Chaque visage reflétait des émotions différentes et pourtant si semblables. La crainte de ce « Nouvel Ordre Mondial » n’en devenait que plus réelle.
Aro plongea brusquement la main dans la poche de son blazer et en ressortit son téléphone portable avant de composer vivement un numéro. Avant que quiconque ne s’éloigne pour lui laisser un semblant d’intimité, il secoua la tête et nous demanda silencieusement, en quelques gestes de la main, de rester à ses côtés. S’il pouvait encore transpirer, le vénérable vampire aurait le front couvert de sueurs froides.

- Oui Maître Aro ?
- Demetri, mon cher ami ! Dis-moi, quelles sont les dernières nouvelles à Volterra depuis notre départ ? Demanda-t-il d’une voix enjouée, un sourire aussi faux que les cheveux de la vieille mémé Swift aux lèvres.
- Rien de bien particulier, Maître, la routine des réclamations habituelles. Maître Caïus est actuellement en audience.
- Ah bon ? Que se passe-t-il donc de si important qui mérite son attention ?
- Le chef d’un clan en Inde se plaint d’une recrudescence des meurtres dans son secteur, à cause de quelques nouveau-nés incontrôlables. Nous allons devoir nous y rendre au plus vite si nous ne souhaitons pas que la situation dégénère.
- Hum... Bien. Bien. Parfait. Dis-moi mon jeune ami, est-ce que Maître Caïus a rencontré certains de nos congénères à plusieurs reprises, ces derniers-temps ?
- Non Maître, pas que je sache. Suite à votre demande, je me renseigne sur tous ses déplacements et rendez-vous. Son téléphone personnel est également sur écoute. Pourquoi me demandez-vous cela, Maître Aro ? Mon travail ne vous semble pas satisfaisant ?
- Non, non Demetri ! Loin de là ! Je te rassure, tu fais un excellent travail, mon jeune ami, et je t’en remercie. Dis-moi, est-ce que ma chère épouse est là ?
- Dame Sulpicia se trouve dans ses appartements, voulez-vous que je vous la passe ?
- Je te remercie, mon ami.

Quelques secondes s’écoulèrent pendant lesquelles l’inquiétude d’Aro montait étrangement en flèche. Nous entendîmes finalement quelques coups discrets tapés contre une porte et une voix féminine s’éleva en un faible « entrez ! »

- Dame Sulpicia ? Maître Aro souhaite s’entretenir avec vous.
- Je te remercie Demetri… Aro ? Est-ce bien toi ?
- Aaaah… Il moi cuore, tu me manques. Comment vas-tu ?
- Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, mon tendre amour. Répondit Sulpicia  d’une voix délibérément lente.

En entendant les paroles de son épouse, Aro s’effondra à genoux, le poing enfoncé dans sa bouche pour empêcher le gémissement qui menaçait de s’en échapper. Il secoua la tête avant de poursuivre.

- J’en suis ravi pour toi, il moi cuore. Plus que ravi. Quelques affaires me retiennent ici encore, mais nous nous reverrons sous peu, j’en suis certain.
- Tu penses en avoir pour plus de deux mois ? C’est tellement long ici sans toi et tu me manques tellement, mon tendre amour.
- Toi aussi tu me manques et ne t’inquiète pas, je n’en aurai pas pour tant de temps… Je dois y aller il mio dolce, j’ai encore beaucoup de travail devant moi. Ti amo il moi cuore.
- Ti amo il mio dolce principe.

Un « clic » sonore signifia que Sulpicia avait raccroché, et au même moment, Aro s’effondra au sol en hurlant de douleur, le corps parcouru de violents spasmes. Marcus se jeta sur lui, le secoua à plusieurs reprises en lui demandant de se calmer, puis finalement, Emmett souffla lourdement avant de s’avancer vers le Volturi. Il fut malheureusement bien trop rapide pour que je l’empêche de commettre son erreur ; Emmett n’avait rien trouvé de mieux pour calmer Aro que de lui coller une paire de baffes à vous décoller la tête…
Des cris de stupeurs s’élevèrent de part et d’autre, tandis qu’Esmée et Rosalie gémissaient en imaginant le pire ; Emmett avait quand même commis un affront envers la royauté en place…

- Ben quoi ? Il en devenait complètement hystérique le pauv’ vieux ! Fallait bien le calmer, non ? Quand ma Rosie me baffe le crâne, moi en tous cas, ça me remet les idées en place ! S’exclama-t-il en haussant des épaules.

Rosalie se lamentait sur le sort potentiel de son compagnon tandis qu’Esmée marmonnait inlassablement « démembré lentement… torturé… jeté au feu… ». Aro, quant à lui, observait mon frère les yeux écarquillés et la bouche-bée, puis finalement, il explosa d’un rire frisant l’hystérie tout en se roulant au sol. Alors qu’Emmett s’avançait une fois de plus vers lui la main levée, près à frapper, Aro s’assit au sol difficilement, les bras levés en signe d’apaisement.

- Oh non jeune Emmett ! Je te remercie de m’avoir... calmé à ta façon mais je tiens trop à ma tête pour ré-expérimenter ta méthode. Seigneur ! C’est qu’il m’en aurait arraché les cervicales ce gaillard ! Par ailleurs, je pense que ta compagne et ta mère tiennent trop à toi pour que tu réitères ton geste au risque d’en finir sur le bûcher, je ne m’abuse, chère Esmée ?

Esmée secoua la tête, le poing enfoncé dans la bouche pour étouffer ses gémissements et ses yeux noirs de colère rivés sur Emmett.

- Aro, mon frère, que s’est-il passé pour que tu sois dans cet état ? Demanda prestement Marcus en voyant la tristesse s’étaler une fois de plus sur le visage de son frère.
- Ma Sulpicia… Il moi cuore… elle est séquestrée !

Des exclamations outragées s’élevèrent dans la pièce tandis qu’Aro nous expliquait la situation.
Craignant que leur frère ne s’attaque à son épouse bien-aimée durant leurs fréquentes  absences de ces derniers mois, ils avaient tous deux mis au point un langage codé, des phrases toutes simples, connues d’eux seuls.

- En es-tu certain, Aro ? N’est-ce pas ta crainte des évènements futurs qui te ferait imaginer des choses qui n’existent pas ? Demanda un sceptique Eléazar.
- Non mon cher ami, je n’imagine rien malheureusement… Marcus ? Comment me nomme ma tendre épouse lorsque nous sommes à Volterra ?
- Tu es « la sua dolce principe » pourq… Oh bon sang ! Je ne comprenais pas pourquoi elle t’appelait son « tendre amour », jamais elle ne te surnomme comme ça… Alors c’est vrai ? Tu penses vraiment que Sulpicia est séquestrée ?

Le visage d’Aro sembla brusquement frappé par le poids des ans alors qu’il hochait gravement la tête.

- Elle a cité Voltaire… « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » signifie que Volterra est assiégé. Tout ce que je sais, c’est que ma douce épouse est pour le moment saine et sauve, et qu’elle le restera.
- Comment peux-tu en être sûr, Aro ? Demanda mon père, inquiet pour son vieil ami.
- Parce qu’elle accompagnera Caïus lorsqu’il viendra nous attaquer, d’ici deux mois au plus tard. Répondit Aro d’une voix faible.
- Deux mois ? S’exclamèrent simultanément les Égyptiens et les Irlandais.

Aro hocha brièvement la tête tout en se lamentant sur le sort de sa malheureuse épouse.

- Et dire que je faisais confiance à ce misérable traqueur pour nous aider ! Rugit-il en pensant à Demetri. J’aurai dû le laisser flamber avec le reste de son clan ! C’est comme ça qu’il me remercie d’avoir épargné sa vie de pitoyable parasite ? Je le tuerai de mes propres mains !

Voyant que personne n’y comprenait rien, Marcus nous raconta comment Demetri en était venu à compléter la Garde au château de Volterra pendant que Aro tournait comme un lion en cage, ruminant sa colère et fantasmant sa vengeance.
Demetri avait été créé quelques trois cents ans plus tôt, en Russie, par une vampire sadique et schizophrène, Lubmilla, ne vivant que pour le sexe et le sang, persuadée que les vampires étaient les dignes descendants des Atlantes. Elle se prenait pour une sorte de gourou et obligeait son clan, composé d’une dizaine des nôtres, à vivre sous l’eau et à parcourir le fond des océans pour retrouver la légendaire cité de l’Atlantide, ne les faisant remonter à la surface que pour se nourrir d’enfants. Elle était tellement folle qu’elle tuait quiconque la contrariait. Lorsque les Volturi avaient réussi à lui mettre la main dessus, ils avaient exécuté tout le clan hormis Demetri ; il était le seul à ne pas avoir le cerveau lavé par les élucubrations de cette cinglée. Avant de la démembrer, Aro avait sondé les pensées de Lubmilla pour découvrir qu’elle avait subi une trépanation étant humaine, méthode souvent utilisée à cette époque pour « chasser le démon » qui habitait les personnes atteintes d’épilepsie. Dans le cas de Lubmilla, une trépanation ratée avait causé sa schizophrénie, qui fut malheureusement décuplée lors de sa transformation. Demetri, sauvé des griffes de cette tordue par Aro lui-même, lui était depuis devenu bien plus fidèle qu’un Golden Retriever !
Enfin ça, c’était avant.
Alors qu’Aro continuait à pester dans son coin, marmonnant des malédictions plus abracadabrantes les unes que les autres – honnêtement, il ne lui manquait plus que la poupée vaudou et les aiguilles – lorsqu’il ne pleurnichait pas en pensant à son épouse, un violent haut-le-cœur m’obligea à me retourner pour en découvrir la source. Victoria, un poing contre la bouche et à la limite de vomir – chose pourtant impossible de par notre condition – se rua vers une fenêtre avant de l’ouvrir en grand, inspirer goulûment, hoqueter une fois de plus tout en refermant violemment la fenêtre. Riley se précipita vers elle, passablement affolé.

- Vic ! Qu’est-ce qu’il  se passe ? Que t’arrive-t-il ?
- Mais bon sang, c’est quoi cette puanteur ? Gémit-elle en se pinçant le nez.
- Quelle puanteur ? Demanda son compagnon alors que nous l’observions tous pour comprendre l’origine de son malaise.
- Mais enfin c’est impossible que vous ne sentiez pas ça ? Une odeur d’égout qui refoule… de fosse septique… d’œuf pourri…

Ah oui. Évidemment. Si nous avions eu le temps de nous habituer à leurs odeurs pestilentielles, ce n’était pas le cas de Victoria. Et comme ils étaient absents lors de son arrivée, il était normal qu’elle réagisse ainsi.
Avant même que quelqu’un ait le temps de lui expliquer l’origine de cette odeur nauséabonde, quelques coups furent frappés à la porte d’entrée et les trois Russes pénétrèrent dans la villa. Lorsqu’elle perçut l’origine de la puanteur et qu’elle remarqua les carrures démesurées des Enfants de la Lune dans l’embrasure de la porte, Victoria s’accroupit devant son compagnon en feulant, les lèvres retroussées dévoilant ses dents luisantes de venin ; elle était un fauve prêt à attaquer pour protéger son petit. Elle ne recouvrit ses esprits que lorsque Riley la ceintura.

- Ssshh… Calmes-toi ma Vicky, ils ne te feront pas de mal.
- Mais c’est… ce sont… que sont… ces choses ? Cette puanteur ! C’est atroce ! Comment pouvez-vous tolérer cela ? S’exclama-t-elle le nez plissé, une main contre la bouche.

Nicholaï, Sergueï et Youri l’observaient, totalement impassibles, mais en la voyant si proche du point de rupture, ils s’interposèrent entre elle et les humains présents sous notre toit, craignant pour leur sécurité en cas de débordement.

- Victoria ? Tu as devant toi les derniers représentants des Enfants de la Lune. Expliqua Carlisle d’une voix douce tandis que l’inquiétude de Victoria envers les nouveaux arrivants grimpait en flèche de façon exponentielle.

Marcus lui expliqua alors la cause de la présence des trois Russes parmi nous ; elle grogna de rage en entendant les raisons à l’origine de l’extinction de ce peuple. Elle frémit d’autant plus lorsqu’elle apprit que nous avions trouvé un moyen de contrecarrer leur nature bestiale ; pour elle, ils étaient désormais un adversaire mortel, une nuit par mois, puisqu’ils bénéficiaient de toute leur puissance, mais aussi de leur esprit.
Enfin, lorsqu’elle apprit que nous avions tous été formés aux arts-martiaux par les filles, Victoria eut la même réaction que tout un chacun ; elle explosa de rire.
Ce fut Jasper, qui l’observait avec une attention des plus particulière, qui mit le doigt sur la question que je me posais depuis quelques temps maintenant.

- Attends un peu… Tu veux dire que tu n’en savais rien ? Siegfried ne vous en a pas parlé ? Ni des Lycans, ni du kung-fu ? Rien du tout ? S’étonna-t-il de plus belle en voyant que la rousse répondait à chaque fois par la négative.
- Non, jamais ! Et je peux t’assurer que si l’histoire des arts martiaux lui été parvenue jusqu’aux oreilles, il nous en aurait immédiatement parlé. Tu parles d’une bonne blague ! Hurla-t-elle en se frappant les genoux tellement elle riait.
- Donc ça veut dire que Sam ne nous a pas vraiment trahis, non ? s’exclama joyeusement Jacob. On peut donc le rallier à nos plans, hein ? On peut !
- Il vaut mieux éviter, Jake. Sam est malgré tout sous l’emprise de ce vampire. Statua Eléazar. Comment et pourquoi, nous n’en savons rien, mais il y a une bonne raison à ça. Il vaut mieux continuer à écarter ce malheureux Sam de toute cette histoire, tant que c’est possible.

Victoria, quant à elle, était bien incapable de nous dire quoique ce soit de plus au sujet de Siegfried. Et pour cause, elle riait tellement qu’elle en devenait incohérente.

- Non mais vraiment, vous pensez à quoi ? reprit-elle, au comble de l’hilarité. Des arts martiaux ? Mais c’est bon pour les humains, ça ! Pourquoi pas de la cuisine et du tricot tant que vous y êtes ! Ah ! Ah ! Ah ! Et vous espérez tenir tête face à une armée de nouveau-nés ? Eh ! Eh ! Eh ! Autant vous rendre…

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que ma Bella lui balançait un coup de pied ventral, envoyant la rousse se vautrer à l’extérieur après que son bouclier eut ouvert la baie vitrée pour éviter de l’exploser sous l’impact.
Victoria se reprit immédiatement et, le regard noirci par la colère, elle fonça sur ma Bella avec l’agilité d’un fauve et une précision démoniaque ; elle la manqua.
Victoria enchaîna les attaques, multiplia les coups et manqua sa cible à chaque reprise. Elle enrageait d’autant plus que mon ange s’amusait à la narguer, tapotant doucement l’épaule de la rousse ou lui chatouillant les côtes pour marquer ses coups.
Au bout d’une demi-heure, ma douce en eut assez et d’une légère pression sur le poignet de Victoria, elle obligea cette dernière à s’agenouiller.

Mais c'est impossible ! Comment peut-elle me maîtriser ainsi? Je ne peux rien y faire ! Grrr... Hors de question que je me laisse avoir par un bébé ! Ce n'est pas un misérable nouveau-né qui va me donner des leçons !

Victoria hurla de rage tout en balançant un violent coup de pied au visage de ma Bella, mais elle la manqua une fois de plus. Bella lui maintenait désormais la cheville gauche d’une main, le poignet droit d’une autre, et d’un pied posé sur l’abdomen de la rousse, elle l’avait soumise à son bon vouloir.

- Alors, les arts martiaux ça sert à rien ? La nargua Bella, un petit sourire narquois aux lèvres.

Victoria en était bouche-bée et l’observait depuis le sol avec effarement, crainte, respect et envie à la fois.
Lorsqu’elle fut enfin libérée de l’emprise de ma douce, elle se redressa lentement et épousseta délicatement ses vêtements avant de nous observer avec un regard nouveau.

- Et… et vous êtes tous formés aux arts martiaux ? Demanda-t-elle d’une toute petite voix avant de déglutir bruyamment lorsqu’un « oui » collectif lui répondit.
- Si ça t’intéresse, on peut également t’entraîner, tu sais ? En quinze jours, tu pourrais avoir toutes les bases nécessaires, quelle que soit la discipline qui te parle le plus. Lui dit Bella tout en l’aidant à se relever.

Lorsqu’elle vit le sourire encourageant de Riley et les hochements de tête joyeux de Bree et Diego, Victoria se contenta de lui répondre d’un lent signe de tête, la bouche grande ouverte. Au même moment, Alice et Bree se mirent à sautiller joyeusement sur place en frappant des mains et en poussant des petits cris hystériques sous les regards las de leurs compagnons respectifs. Parfois, je plains vraiment mon pauvre frère… et dire que maintenant on a le lutin frétillant en double exemplaire ! Pauvres de nous…

***************************

Cela faisait quelques jours que Victoria était arrivée parmi nous, et contre toute attente, elle s’était parfaitement intégrée à notre vaste groupe, bien que les Quileute soient assez froids avec elle. Ils n’avaient pas oublié son comportement et ses paroles envers eux durant le pseudo « cherchons Charlie ».
Elle s’entrainait sans relâche avec nous et suivait les conseils des filles sans jamais chercher à les contredire. Pour être franc, Victoria buvait leurs paroles, comme si celles-ci étaient divines. A la surprise générale, elle s’était essayée à notre régime particulier, et bien qu’elle en soit parfois dégoûtée, elle s’était fait un point d’honneur à s’y tenir. Victoria était d’ailleurs devenue la camarade de chasse préférée d’Emmett, d’une part parce qu’il se moquait d’elle en voyant son état déplorable au retour d’une chasse, mais aussi parce que comme lui, elle aimait jouer avec sa nourriture, sous-entendu la combattre avant de la manger.
Lorsqu’elle avait appris que Diego et Riley étaient pourvus d’un don, elle s’était trouvée muselée par la stupeur. Sa seule réaction avait été « heureusement que Felix n’en sait rien, Dieu seul sait ce qu’il aurait fait ».
Quant à Aro, lorsqu’il ne s’apitoyait pas sur le sort de son épouse, il se mettait à nous invectiver pour un oui ou un non, à grand renfort de postillons, changeant d’idée à la seconde. Si vous saviez le nombre de fois où il a menacé de foutre Diego au feu s’il ne se téléportait pas à Volterra dans la minute pour délivrer sa femme, avant de se rendre compte que c’était beaucoup moins risqué d’attendre qu’elle soit devant nous, même entourée par l’armée de Felix et Caïus, pour ensuite hurler à qui voulait bien encore l’écouter qu’il était entouré d’une bande de cornichons incompétents, franchement, je commençais à en avoir le tournis !
Les Amazones étaient arrivées l’avant-veille, accompagnées non seulement du compagnon de Kachiri, Nabil, un tout jeune vampire originaire du Maghreb, mais aussi d’une vingtaine de nomades qu’elles avaient croisés en chemin. Bien que ces différents nomades ne soient pas de fervents adorateurs d’Aro – son côté collectionneur et mégalomane étant bien connu de tous dans le monde vampirique – ils étaient là pour nous aider, craignant bien plus la future dictature de Caïus ou encore une probable fin du monde si les humains décidaient de lâcher toutes leurs bombes nucléaires pour éviter l’avènement du Nouvel Ordre Mondial, au risque de détruire la planète.
Eléazar nous avait appris que le talent du compagnon de Kachiri pouvait s’avérer des plus utiles. Il avait réussi à le qualifier d’amplificateur puisqu’en effet, dès que Nabil était à proximité d’un vampire doué, le talent dudit vampire s’amplifiait. Croyez-moi, entendre toutes les pensées des humains et vampires présents sur un rayon de cent kilomètres m’avait rendu fou… Mais il faut admettre que ça a son utilité ! Toujours est-il que pour ma santé mentale, je fuyais Nabil comme la peste lorsque ma Bella n’était pas là pour me recouvrir de sa bulle protectrice. Oui, oui, à ce point ! Votre dévoué serviteur – sous-entendu moi-même – se retrouverait illico presto dans la cellule capitonnée d’un asile psychiatrique en passant ne serait-ce qu’une toute petite heure avec l’amplificateur…

- EWAR !    

Je me retournais d’un bond, un sourire aux lèvres en entendant la voix fluette de la petite Carlie. Cramponnée au pelage sable de Seth, avec lequel elle faisait une partie de rodéo version lupine, je ne pus faire autrement que m’attendrir devant ce tableau. Comme tous les enfants, elle était totalement indifférente aux soucis qui pesaient sur nos épaules ; il n’y a vraiment pas plus belle chose que l’innocence d’un enfant. Lorsqu’elle s’aperçut qu’elle avait mon attention, elle se laissa glisser du dos du Quileute avant de courir vers moi aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient.

- EWAR ! Ewar ! Tu m’avais promis !
- Euh... oui… De quoi Carlie ?
- Ben t’avais promis que je pourrais faire du foutreball avec toi !
- Du quoi ?!
- Du foutreball !
- Du football, Carlie. On dit du football.
- Ben non ! C’est Mémette qui m’a dit qu’on disait « foutreball ». Il m’a même fait récapépéter pendant trop longtemps pour que je le dise bien. T’es pas un peu trop bête des fois si t’oublies ton vachabulaire ?! S’exclama-t-elle consternée par ma pseudo stupidité.

Évidemment, si Emmett était passé par-là, pas étonnant que cette pauvre gosse déforme tout…
Alors que je secouais la tête devant l’air idiot de mon frangin qui venait, une fois de plus, de se faire caresser le crâne à grands coups de poings par Rosalie, ma Bella arriva vers moi en sautillant, un sourire alléché aux lèvres et une étincelle particulièrement lubrique dans le regard.

- Coucou Carlie ! Edward jouera au football avec toi plus tard, ma puce. Pour l’instant, il a une partie de foutreball qui l’attend.

Alors que la petite fille râlait d’être une fois de plus écartée des festivités des grands, Bella agrippa fermement mon poignet et m’attira tout contre elle en m’ouvrant son esprit.

Alors mon amour, tu crois qu'elle va se faire toute seule 
cette partie de foutreball ?

Je me jetais voracement sur ses lèvres tout en l’entraînant sous le couvert des arbres, nous enfonçant dans la forêt, à l’abri des regards indiscrets et des oreilles enfantines. Un gémissement lourd de sens s’échappa de ma gorge lorsque ses mains se mêlèrent subitement à la partie. Je grognais en malaxant fermement son cul puis coinçais ses cuisses au-dessus de mes hanches, et, à grands renforts de frottements plus ou moins subtils contre son bassin, je me félicitais de la voir rejeter la tête en arrière ; mes lèvres glissaient inexorablement jusqu’à son buste et les soupirs de plaisir que je récoltais me mirent instantanément en mode « autopilote ». A me frotter désespérément contre elle et à la peloter comme un acharné, j’avais l’air d’un ado de 17 ans complètement régi par ses hormones ! Mais bon, théoriquement, j’ai 17 ans, c’est peut-être normal aussi.
Le degré d’échauffement entre nos corps était tel que nous aurions été capables de dégeler le Pôle Sud, et alors que Bella me mordillait le cou en se débattant avec ma ceinture, je m’écartais violemment d’elle, une quantité astronomique d’images sauvages en tête que j’étais bien incapable de décrypter.
Ma douce gémit de frustration, mais lorsqu’elle vit que je m’étais figé, elle comprit que la situation était grave.
Je grognais tout en réajustant mes vêtements – pour une fois, ils n’étaient pas déchirés – puis emmenais Bella à ma suite, à la recherche de la source de ces images.
Nous débouchâmes finalement sur la grande pelouse, à l’arrière de la villa, où tout un chacun vaquait à ses occupations. Un petit groupe s’était formé autour d’Alice, alors que celle-ci avait le regard perdu dans le vide, le corps raide et la bouche entrouverte. Enfin, au bout des dix secondes les plus longues de toute mon existence, Alice ferma brièvement les paupières avant de les rouvrir, les yeux d’un noir d’encre, le regard incisif et un sourire tel que je ne lui en avais jamais vu aux lèvres ; diabolique.
Sa voix, étrangement rauque et métallique s’éleva gravement dans l’air.

- Ils attaqueront au crépuscule, dans 34 nuits.

Des exclamations étouffées et craintives s’élevèrent de part et d’autre suite à la vision de ma sœur, jusqu’à ce que celle-ci se tourne vivement vers les trois Russes, cet ignoble sourire démoniaque déformant son visage d’ordinaire féerique, et pointa Nicholaï du doigt.

- Tu tiendras ta vengeance, Lycan. Ils attaqueront lors de la pleine lune…

mardi 26 juin 2012

58 - Contrôle

Dire que nous avions joué les prolongations de notre lune de miel au cottage était un euphémisme… Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et nous n’avions eu droit qu’à deux misérables jours de tranquillité, sans Emmett qui vienne tambouriner à la porte, sans Charlie qui cherche à nous écarter l’un de l’autre, sans Alice qui régente tout… Bref, c’était le pied ! Trop court, mais le pied quand même.
Nous avions eu notre lot de « foutage de gueule » puisque beaucoup de nos amis se moquaient de notre mariage à la SF farfelu. Le principal, c’est que ça nous convienne, non ?
Charlie bougonnait toujours mais il avait fini par s’adoucir ; sa fille était heureuse, c’était le principal. Le pauvre fou s’était mis en tête que puisque sa petite princesse était figée ad vitam aeternam dans ses 19 ans, elle passerait tout son temps auprès de son vieux père, jusqu’à son dernier souffle, avant de vivre sa vie. Aah… Un papa comme les autres, amoureux de sa petite chérie et qui refuse de la voir grandir et quitter le nid.
Alice, quant à elle, tirait carrément une gueule de trois pieds de long car Bella faisait exprès de la narguer avec les préparatifs du renouvellement de nos vœux. Mon ange avait poussé le vice jusqu’à demander de l’aide à Rosalie, aux trois sœurs Dénali, Charlotte, Esmée, Bree, Leah ou Angela. Elle n’oubliait jamais, non plus, de demander avis et conseils à toute la population féminine qui nous côtoyait, si possible en présence de ma sœur, histoire de bien enfoncer le clou. Autant vous dire que ce n’était pas du goût d’Alice… La voir bouder comme elle le faisait avait quelque chose de… jouissif. J’adorais ça !
Alice n’avait jamais vraiment compris à quel point ma douce avait la rancune tenace ; elle n’en avait jamais fait les frais aussi.
Cependant, Alice était loin de se douter que la revanche, selon mon ange, peut devenir quelque chose d’orgasmique ; quand on se venge, on fait ça bien, histoire de prendre un pied fou ! Ma sœur pensait que Bella s’était suffisamment vengée en l’écartant des préparatifs festifs ; la pauvre n’avait malheureusement encore rien vu.
Nous avions tous, vampires, nos lieux de prédilection pour les moments câlins dans la nature ; Alice et Jasper n’échappaient donc pas à la règle et ils avaient déniché une petite grotte en pleine montagne, cachée à la vue de tous par une cascade, où ils se rendaient chaque vendredi soir, après une partie de chasse. Cela faisait peu de temps que j’avais découvert cette information, ma sœur ayant une multitude d’astuces pour m’empêcher d’accéder à ce qu’elle ne voulait pas que je sache. Malheureusement pour elle – et heureusement pour Bella et moi – j’avais réussi à dénicher cette trouvaille alors qu’Alice était surexcitée à l’idée de leur prochaine sortie « nature » à Jazz et elle.
Au fur et à mesure de nos entrainements, nous nous étions aperçus que le futur disparaissait totalement si Bella étendait son bouclier physique sur Alice. Par ailleurs, Aro souhaitait que Bella  laisse un accès total aux visions d’Alice, il avait besoin de savoir ce que ma sœur « voyait » au sujet de Felix ou Caius, il avait besoin de connaître leurs prochains mouvements.
Donc, afin qu’Alice ne se doute de rien par rapport au plan « Alice Va Se La Prendre Bien Profond À Sec Sans Vaseline » - AVSLPBPASSV pour faire plus court -, Bella avait mis la Meute à contribution. En effet, si Bella « coupait » totalement les visions d’Alice, puisque notre futur disparaissait immédiatement, il en allait différemment lorsque les Quileute étaient concernés ; le futur devenait alors flouté, parasité, telle une image télévisée ayant une très mauvaise réception, un peu comme essayer de regarder un film porno sur Canal + sans décodeur.
La petite Bree n’ayant aucune odeur détectable, une particularité apparemment inhérente à sa nature de traqueuse selon Eléazar, Bella lui avait alors demandé d’aller jusqu’à la caverne, accompagnée de Seth et Leah qui brouilleraient les visions d’Alice, pour y installer une webcam et un émetteur à liaison Wi-fi. Parfois, mon ange peut être réellement diabolique…
Le vendredi soir arriva enfin et, comme de bien entendu, Alice et Jasper allèrent «chasser». Nous savions très bien ce que cela voulait dire, ils n’allaient pas rentrer avant l’aube… J’allumais l’ordinateur, me reliais à l’émetteur de la webcam, et attendis patiemment qu’Alice et Jasper arrivent à la caverne. Jacob et Tanya étant au cottage avec nous, Alice ne pouvait avoir aucune vision claire de ce qui allait suivre…
Apparemment, la chasse était optionnelle lors de leurs sorties « nature », puisque dix minutes après m’être relié à leur webcam, ils étaient déjà sur place !
Ne souhaitant pas voir en images – en plus de ce que je captais en pensées – les ébats de mon frère et de ma sœur, je retournais auprès de mon ange et de nos amis après m’être assuré que l’enregistrement était bien en route.

- Dites, je peux savoir pourquoi on est là un vendredi soir alors qu’on a mieux à faire ? S’énerva Tanya en tapant du pied.
- Si tu veux, tu peux toujours partir. En fait, c’est simplement de Jacob dont j’ai besoin. Lui répondit mon ange sur le même ton.
- Pff… Qu’est-ce que vous manigancez tous les deux pour avoir besoin de mon loulou ?
- Et bien… disons que… je ne me suis toujours pas remise d’avoir été emmenée au poste de police comme si j’étais une criminelle, si tu vois ce que je veux dire…
- Oh. Oh ! Tu veux t’en prendre à Alice ? Ça ne marchera jamais ! Rigola Tanya.
- On voit bien que tu ne connais pas Bells, elle a la rancune tenace ! À mon avis, la naine va en baver, pas vrai ?
- Oh que oui…

Bella leur exposa les détails du plan ‘AVSLPBPASSV’ et à la fin, Tanya la regardait avec ébahissement et vénération.

- Noooon ! Tu vas vraiment faire ça ? Oh la vache… Rappelle-moi de ne jamais te faire de mauvais coup ! Mais… et Jasper ? Il n’a rien à voir dans tout ça ! S’inquiéta Tanya.
- T’inquiète, j’ai tout prévu ! Ricana ma belle en se frottant les mains, un air machiavélique illuminant son visage et un sourire diabolique aux lèvres.

Jacob alluma la télé – il y avait un match de football sur je ne sais quelle chaîne – et les filles en profitèrent pour papoter de je ne sais quoi. Tendant l’oreille pour les écouter puisqu’elles étaient dans la chambre, je m’aperçus qu’en fait, elles avaient les mêmes sujets de conversation que nous puisque Bella et Tanya parlaient de sexe, commentant principalement le porno amateur qu’elles suivaient en live sur l’ordinateur. Les heures s’écoulèrent, puis subitement mon ange s’exclama « enfin ! ». Apparemment, Jasper et Alice avaient quitté leur caverne…
L’heure de la revanche avait sonné !
                                **************************************

Nous étions tous à la villa, quelques jours plus tard, lorsqu’un hurlement strident retentit effroyablement entre les murs. Alice dévala les escaliers en trombe, le regard fou, s’arrachant les cheveux, les vêtements froissés et fagotée comme l’as de pique, l’hymne national grec en tête, et lorsqu’elle aperçut son compagnon, elle lui agrippa fermement la main et l’entraîna vivement jusqu’à leur chambre, hurlant toujours comme une possédée.

- QUOI ? MAIS QU’EST-CE QUE C’EST QU’CE BRONX ? S’époumona Jasper en tapant comme un acharné sur le clavier de son ordinateur.

J’échangeais un regard amusé avec ma Bella tandis que Jacob et Tanya pouffaient de rire dans leur coin. Rosalie fit rapidement le rapprochement entre le pétage de plomb de notre sœur et notre réaction amusée.
      Qu’est-ce que vous avez encore fait pour la mettre dans cet état ?

Je haussais les épaules de façon innocente et elle fronça les sourcils en me dardant de son regard « si je crois pas celle-ci, j’en croirai une autre ».
Subitement, Emmett se mit à hurler de rire en roulant sur le canapé, les bras serrés autour du ventre.

- Rhaaa non ! J’y crois pas ! Regardez c’que j’viens de trouver sur « You tube » !
- EMMETT ! SI TU LEUR MONTRES ÇA, JE TE TUERAIS DE MES PROPRES MAINS ! Brailla Alice depuis l’étage.
- Même pas peur ! Lui répondit Emmett en tournant l’écran vers nous.

Bien qu’ayant déjà connaissance du contenu explicite de la vidéo, Bella et moi ne voulions pas trahir notre couverture, aussi nous tournâmes-nous vers l’ordinateur.
Sur l’écran, il y avait un porno amateur titré « Blanches-Fesses et les sept nains : l’arroseuse arrosée ».
Rosalie se tourna vers Bella et moi, la bouche grande ouverte, elle nous observait avec hébétude, son regard sautant de Bella, à l’écran, en passant par moi, puis finalement, elle explosa de rire, se rappelant la fois où elle avait été, bien malgré elle et à cause des bêtises d’Emmett, la cible de la folie vengeresse de ma belle.
Je dois bien avouer que ma douce avait fait un merveilleux travail d’image sur la vidéo, retravaillant chaque piste, seconde après seconde, pixel après pixel, pour arriver à la perfection numérique. Honnêtement, on ne voyait même pas qu’elle avait trafiqué la vidéo !
Sur l’écran, on voyait Alice, les yeux recouverts d’un loup rose fluo plein de froufrous ridicules, qui se faisait prendre par « Grincheux » en levrette, « Atchoum » en amazone, qui se faisait lécher par « Prof », qui suçait « Simplet »… Bref, mon ange avait réussi à faire fusionner le corps de Jasper avec un nain différent à chaque fois. Elle avait également tout remixé pour que leurs ébats vampiriques soient au ralenti, passant ainsi pour des humains. Et bien qu’Alice, sur la vidéo, soit masquée, on la reconnaissait quand même très facilement…
Bella affichait un sourire satisfait en entendant les autres rire comme des baleines, sourire qui s’effaça bien vite, laissant place à une expression parfaitement innocente lorsqu’Emmett se tourna vers elle.

- Eh Belli-Bella, regarde ça ! V’là qu’la sœurette se lance dans le porno amateur ! Jasper doit avoir les boules n’empêche, apprendre comme ça que son Alice le trompe avec les 7 nains, c’est vache quand même ! Arf ! J’ai toujours entendu dire que les nains en ont une grosse, ça doit être pour ça !

    Humm… Comment s’appelait-il déjà ce petit bout d’homme ? Passe-Partout ?    Passe-Temps ? Passe-Montagne ? Humm… c’est vrai qu’il était super bien monté,   un âne avec une cinquième patte… Je n’avais jamais vu une protubérance pareille !
     Une étonnante, fabuleuse et fascinante disproportion. Aaaah…



Je m’étranglais presque en percevant les pensées de Tanya et lui jetais un regard effaré. Décidément, elle s’était tapé tout ce qui était pourvu d’attributs masculins celle-là ! Succube…
À l’étage, Alice braillait, sa voix perçante recouvrant aisément les éclats de rire pourtant très bruyants d’Emmett.

- Bon sang de bon sang Jazz ! Mais fais quelque chose !
- Mais j’essaye ma gazelle, j’essaye !
- T’es censé être l’expert informatique de la famille bon Dieu ! C’est quand même toi qui craque les systèmes pour nous « effacer », non ? Alors FAIS QUELQUE CHOSE ! VIRE-MOI CETTE HORREUR !
- Impossible je te dis !
- Hackeur à la noix ! C’est de ta faute…
- Et comment veux-tu que ce soit de ma faute, Alice ? Tu ne pouvais pas « voir » ce qu’il allait arriver ? C’est pourtant toi qui as des visions du futur, non ?
- LA FERME JAZZ ET VIRE-MOI CETTE SALETÉ !

Dans le salon, Emmett se tenait les côtes tellement il rigolait, Jacob serrait les cuisses de peur de se faire dessus et ruiner le canapé, Tanya riait comme une hyène et Rosalie… envoyait le lien vers la vidéo à toute sa liste – très étendue – de contacts ; Alice déboula comme une furie, pointant Rose d’un index menaçant.

- Je t’interdis de faire ça !
- Trop tard ! Ricana Rosalie en cliquant sur « envoyer ».
- T’es vraiment la reine des peaux de vache, Rose ! Hurla Alice.
- Bah ! C’est pour toutes les fois où tu m’as fait des mauvais coups ! En tous cas, quelqu’un doit vraiment t’en vouloir à mort pour avoir fait ça ! Railla ma sœur, ses pensées nous encensant, Bella et moi.
- Emmett ! Aide Jazz à virer cette ignoble vidéo trafiquée ! Intima Alice.
- Plait-il ? Qu’ouïs-je ? Vidéo trafiquée ? À part que Jazzman s’est miraculeusement métamorphosé en nain, rien n’est trafiqué, sœurette ! Rit Emmett.
- VIRE-MOI CETTE VIDÉO DE MALHEUR ! Hurla Alice en s’arrachant les cheveux.
- Comment ? T’as pas oublié quelque chose ?
- S’il te plait, Emmett, s’il te plait ! Je t’en supplie ! Lui demanda Alice en pleurnichant.
- C’est pas assez…
- Je… je ferai tout ce que tu veux pendant une journée !
- Non.
- Deux !
- Non.
- Une semaine !
- VENDU !

Alice pantelait de désespoir, sachant déjà qu’Emmett allait lui en faire baver, mais elle était prête à tout pour que la vidéo disparaisse du Net. Je craignais que les talents conjugués de mes frères n’aboutissent, mais le sourire carnassier de mon ange me rassurait.

- Eh Jazz ! Amènes-toi en bas !

Jasper arriva en trombe, son ordinateur portable sous le bras, et se dépêcha de s’installer près d’Emmett qui tapait déjà frénétiquement sur son clavier. Une heure plus tard, malgré tous leurs efforts, ils n’avaient toujours aucun résultat. Alice pleurnichait, tapait du poing et du pied, hurlait, mais rien n’y faisait.

- Mais bon sang ! Qu’est-ce que vous faites ? Je pensais que vous étiez des petits génies de l’informatique, mais en fait, c’est que de la frime, vous n’y connaissez rien ! S’époumona-t-elle en s’arrachant, une fois de plus, les cheveux.
- Tais-toi frangine ! C’est juste que celui qui a mis la vidéo en ligne est bien plus doué que nous. On essaye tout, mais y’a pas moyen de trouver !
- Vous n’avez aucune information sur le détenteur du compte ? Une adresse IP ? Je ne sais pas moi, n’importe quoi !
- Les infos sont impossibles à trouver, ma gazelle. Le compte en question est derrière un proxy. Plusieurs, à vrai dire. À chaque fois qu’on trouve une adresse IP, ça nous renvoie ailleurs. Pour l’instant, on en est à 1857 origines différentes. En fait, seul le détenteur du compte pourrait la supprimer. En plus, il a mis en place une défense imparable. En essayant de hacker son système, ça a envoyé la vidéo sur d’autres hébergeurs.
- QUOI ?
- Euh… ben maintenant, la vidéo n’est plus uniquement que sur « You tube »… Elle est aussi sur « Dailymotion », « My Space », « Facebook », « Twitter », « Webchoc », «Windows Live »…
- Oh non ! Mais comment faire pour la supprimer ? Il n’y a pas possibilité de dire que la vidéo nuit à l’intégrité de ma personne ? Je ne sais pas, moi !
- Oh regardez ! S’exclama Emmett tandis qu’il pianotait sur son clavier.

À l’écran, une gigantesque tête de mort apparut et un rire démoniaque émana des haut-parleurs. Enfin, la tête de mort s’effaça, formant des volutes de fumée qui se métamorphosèrent en lettres à l’écran, laissant place à un message.
              «  La vidéo s’effacera automatiquement lorsqu’elle aura atteint 
                  les 100 millions de visites et un million de commentaires »

- Quoi ? Quoi ! Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ! Hurla ma sœur tandis que je félicitais intérieurement ma douce pour son génie. Allez-y ! Tapez des commentaires ! Visitez ! Mais faites-le que cette ignominie disparaisse !
- Je ne vois pas de quoi tu te plains, Alice ! Tu vas devenir célèbre sur le Net ! Dit Tanya, un sourire moqueur aux lèvres.
- Oh toi la succube, la ferme ! Je n’ai aucune envie de devenir une star du X amateur !
- Pourtant, tu en as toutes les capacités ma gazelle…  Répondit Jasper d’une voix rauque.
- On voit bien que ce n’est pas toi qui en es la victime ! Hurla sa compagne.
- Eh ! Oh ! C’est pas toi qu’on a métamorphosé en nain ! Toi au moins, on te reconnaît alors que moi, on m’a réduit en nain ridicule ! Se plaignit Jasper avant de se prendre une baffe à l’arrière du crâne.
- Euh… Désolé de te décevoir, Alice mais on ne peut pas taper les commentaires ou faire les visites… Dit piteusement Emmett.
- Mais… mais… pourquoi ?
- Ben… en fait… à cause des adresses IP. Elles doivent provenir d’endroits différents et d’IP différentes et…
- Ben et cette histoire de proxy ? Allez-y ! Faites-le ! Brailla Alice, complètement hystérique.
- Impossible ! Tous les comptes détenteurs de la vidéo les bloquent. En tous cas, ce type est un génie ! S’extasia Jasper.

Alice hurlait, frappait l’air de ses poings, tapait du pied et balançait tout ce qui passait sous ses mains contre les murs ; coussins, vases, télécommandes, manettes de jeu, Emmett…

- MARIE ALICE BRANDON WITHLOCK CULLEN ! MAIS QU’EST-CE QU’IL SE PASSE ENFIN ! On t’entend braire depuis La Push ! Mais… qu’est-ce que c’est que ce bazar ? Et ma maison ? Qu’as-tu fait à ma maison ?! Hurla Esmée en arrivant.
- Rien Esmée ! Rien du tout ! Se hâta-t-elle de répondre.

 Alice tenta tant bien que mal de cacher l’écran d’ordinateur alors que Rosalie s’amusait à regarder la vidéo, tapant un commentaire vantant les talents d’Alice en star montante du X amateur, et lorsqu’Esmée capta un morceau de la vidéo, le passage où Alice se faisait sodomiser par Timide, elle se cacha les yeux et blêmit à vue d’œil.

- Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Alice ! Comment as-tu pu mettre une chose pareille en ligne ? N’as-tu donc aucune pudeur ? S’affola Esmée en détournant les yeux de l’écran.

Alice sanglota de plus belle et relata les faits à Esmée, lui expliquant la situation. Esmée l’étreignit et la consola comme elle le pût, appelant Carlisle en renfort, mais également Charlie afin qu’il la conseille d’un point de vue juridique. Lorsque ma Bella entendit le prénom de son père, elle blêmit et se tendit entre mes bras.

- ISABELLA MARIE SW… CULLEN ! SUPPRIME-MOI IMMÉDIATEMENT CETTE VIDÉO ! Hurla Charlie en menaçant sa fille alors que la tête de mort apparaissait une fois de plus à l’écran.

Emmett, Jasper et Alice se tournèrent vers mon ange, les deux premiers ébahis, la dernière enragée.

- Euh… J’ai rien fait, moi ! Tenta-telle de s’excuser.
- Isabella ! Tu as reçu une injonction du tribunal t’interdisant l’accès et l’utilisation d’un ordinateur sans contrôle parental et…
- Jusqu’à mes 18 ans ! C’était il y a deux ans et…
- ARG ! Supprime-moi ça tout de suite !

Bella souffla de dépit, lança un regard dédaigneux à son père, attrapa l’ordinateur, ouvrit une invite de commandes, rentra plusieurs lignes de codes compliqués, cliqua, recliqua, retapa encore des algorithmes, puis arrivée sur l’interface de « You tube », elle supprima la vidéo et le compte associé. La vidéo s’effaça également de «Dailymotion» et tous les autres sites où elle s’était implantée. Charlie fulminait, Alice aussi.

- Mais enfin Charlie, comment avez-vous pu savoir que Bella était dans le coup ? Demanda Jasper, incrédule.
- J’ai reconnu la tête de mort. Et mademoiselle, enfin madame maintenant, est tellement revancharde que c’est bien son style un truc pareil !
- Dites El Cheffe, pourquoi vous avez dit que Bella n’a pas le droit de se servir d’un ordi? Demanda Emmett, avide d’en savoir plus sur sa petite sœur.

Charlie se tourna vers sa fille qui, étrangement, n’en mouftait plus une depuis son arrivée. Bella avait la tête rentrée dans les épaules, le regard rivé sur le sol à la recherche d’une quelconque écharde dépassant du plancher et les pieds martelant le sol à toute vitesse, elle était sur les nerfs.

- Bah tiens ! Pourquoi ça ne m’étonne même pas que tu ne leur aies rien dit, Bells ? Railla Charlie d’une voix autoritaire. Ça alors, c’est la meilleure !
- Alors Chef, vous nous expliquez ? Continua Emmett en sautillant sur place, fidèle imitation du lapin figurant dans la publicité pour les piles Duracell®.
- Un jour, Bells devait avoir à peu près dix ans, je reçois un coup de téléphone de Renée, complètement hystérique et en larmes. J’arrive à percevoir les mots « Bella »,   « Phil », « Perquisition », « FBI » entre deux sanglots et hurlements. Ça faisait peu de temps que Phil était marié avec Renée, alors je me suis tout de suite imaginé le pire, pensant que c’était un pervers et qu’il s’en était pris à ma petite fille. J’ai pris le premier vol pour Phœnix et j’ai foncé jusqu’aux locaux du FBI, m’attendant à voir ce sale type menotté et prêt à le trucider. Et voilà que je tombe sur Phil, dans le couloir près de la machine à café, qui m’informe que Renée et Bella sont entendues par les agents ! Vous souvenez-vous de ce pirate informatique qui avait causé des soucis à la Réserve Fédérale en hackant leur système ? Il avait fait des transferts monétaires importants : 1 million de $ versé à « Médecins du Monde », 1 million à la « recherche contre le SIDA », 1 autre pour la lutte contre la faim dans le monde… Bref, ce pirate avait fait un « don » de plus de 20 millions de $ provenant de la FED.
- Oh oui, je m’en souviens ! Je trouvais cela tellement généreux, une espèce de cyber Robin des Bois qui lutte contre l’oppression et aide les opprimés… S’extasia Esmée, les yeux rêveurs et  les mains pressées contre son cœur.
- Peut-être, mais c’est du vol ! Ce même pirate s’était amusé à changer tous les panneaux informatifs de tous les grands aéroports, balançant des petits messages comiques au lieu des avions en partance. Il a aussi piraté la NASA, qui a dû retarder le décollage d’une navette simplement parce que le décompte du lancement avait été remplacé par « la cucaracha ». Il a fait courir le FBI pendant un bout de temps ! Il a même trouvé le moyen de les hacker ! Lorsque vous vous rendiez sur leur site internet, à la page sur les personnes recherchées pour meurtre, terrorisme, grand banditisme… à la place des photos et des descriptifs des criminels, vous retrouviez Bugs Bunny, Daffy Duck, Beep-Beep et le Coyote, le Diable de Tasmanie…
- Arf ! Ça c’est trop fort ! J’imagine très bien le truc ! Bonjour Monsieur l’agent, je vous appelle parce que Bugs Bunny vient de voler mes carottes ! Il y a toujours 100.000 $ de récompense si je vous le sers en civet ? Trop fort l’humour du hackeur, trop fort ! Mais bon, c’est bien gentil tout ça, mais qu’est-ce que Belli-Bella a à voir là-dedans ? Ricana Emmett.
- Tout ! Ce n’était pas un hacker, mais une ! Et une gamine en plus ! À tout juste dix ans, elle faisait frémir le FBI ! Comme ce n’était qu’une gamine et que je suis dans les forces de l’ordre, elle a pu s’en tirer avec une interdiction de se servir d’un ordinateur sans contrôle parental, et à sa majorité, elle devait faire quelques heures de travaux d’intérêts généraux.
- Mouais… J’ai surtout dû refaire tout leur parc informatique et le sécuriser ! Tu m’étonnes que les hackeurs s’attaquent au FBI ou à la CIA, ce sont de vraies passoires leurs systèmes de sécurité ! Marmonna mon ange alors que je l’observais avec un ébahissement non feint. Décidément, elle ne finira jamais de m’étonner !

Alors qu’Alice allait se jeter sur mon ange, elle fut rattrapée en plein vol et ceinturée par Jasper, tandis qu’Emmett, Rosalie, Tanya et Jacob se postaient à nos côtés afin de protéger ma douce des foudres de ma sœur.

- Je me vengerai Bella ! Je te jure que je me vengerai pour ce coup-là ! Hurla Alice comme une possédée.
- Essaye toujours ! Mais dis-toi aussi que ça, ce n’était qu’un avant-goût ! La nargua Bella en pointant l’ordinateur du doigt.
- GNAAAAA ! Je te déteste ! Et c’est bien gentil d’avoir supprimé la vidéo, mais n’oublie pas que mes fesses ont été vues par je ne sais combien d’internautes ! Et je fais comment si la vidéo a été téléchargée ? Tu l’as peut-être supprimée mais il est possible qu’un pervers l’ait sur son ordinateur !
- À ses risques et périls. Je suis peut-être une garce quand il s’agit de se venger, Alice, mais je te promets que la vidéo qui aura été téléchargée fera des dégâts…
- Ben non ! Intervint Rosalie. Regarde, je l’ai téléchargée et je vais même la visionner ! Maintenant !
- NON ! S’exclama mon ange. Oups ! Trop tard…
- BON SANG ! C’EST QUOI CE BORDEL ? J’AI PLUS RIEN ! PLUS UN SEUL FICHIER! Hurla Rosalie en tapant comme une acharnée sur son clavier.
- J’avais programmé un virus sur la vidéo. Quiconque la téléchargeait retrouvait instantanément son PC infesté par le virus en question et si l’utilisateur souhaitait la visionner, le virus, déjà infiltré dans tout le système, détruisait tout sur son passage. Tu vois Alice, je suis peut-être une garce, mais j’ai quand même protégé ton cul !
- Mais pourquoi ? Pourquoi m’as-tu fait ça ? Pleurnicha Alice en secouant la tête avec lassitude.
- Pourquoi ? Tu te moques de moi, là ! As-tu oublié que nous avons passé quelques heures au poste, Edward et moi, à la suite de ton appel ?
- Mais Bella, c’est de votre faute ! Si vous ne vous étiez pas sauvés à Las Vegas comme des voleurs, je n’aurais rien fait !
- Et si tu nous avais laissés planifier notre mariage comme on l’entendait, on ne se serait peut-être pas sauvés !

Alice et Bella se faisaient face, les bras croisés sur la poitrine et l’œil noir, pendant que Rosalie pleurnichait désespérément à cause de toutes les photos qu’elle avait perdues. Emmett se leva d’un bond et donna un coup de poing joueur dans l’épaule de ma douce.

- On peut dire qu’avec toi on ne s’ennuie pas, Belli-Bella !
- Rha mais arrête de m’appeler comme ça, ça m’énerve ! Non mais franchement,  Belli-Bella ça craint !
- Rho mais tu connais pas la chanson ? Belli-Bella au cinéma, péta si fort qu’elle s’envola. Elle retomba dans les coulisses et s’fit enfiler par l’pompier d’service! Ah ! Ah ! Ah ! Oui vraiment, Belli-Bella elle adore ça ! Belli-Bella à l'assemblée s'conduisit comme une obsédée.  Elle se tapa quelqu’députés  qui prirent plaisir à l’enculer ! Ah ! Ah ! Ah ! Oui vraiment, Belli-Bella elle adore ça ! Belli-Bella au régiment suçait la bite du lieutenant "Salope" lui dit le capitaine « Tu n'pourrais pas sucer la mienne" Ah ! Ah ! Ah ! Oui vraiment, Belli-Bella elle adore ça !

J’étais partagé entre l’envie de rire et celle de décapiter mon frère. Bella, elle, secouait la tête, consternée par l’attitude et l’humour grossier d’Emmett, Rosalie soufflait en se tapant le crâne contre la table, Alice ricanait – pour une fois, ce n’était pas elle la victime des blagues douteuses d’Emmett-, Charlie était à la limite de la rupture d’anévrisme et Carlisle, lui, se demandait ce qu’il avait bien pu faire dans une autre vie pour que Dieu lui en veuille à ce point.

- EMMETT ! Tu n’as pas honte ?
- Bah quoi môman ? Je fais rien d’mal ! Une petite chanson paillarde, c’est pas méchant !
- Tu appelles ça petite chanson paillarde ? Mais... mais… tu insultes ta sœur, là !
- Bah quoi ? Y’a rien de mal à lui dire qu’elle aime le sexe ! C’est vrai quoi ? Tout l’monde le sait ici ! Dès qu’elle est seule avec son Eddy 30 secondes, allez-hop ! au plumard ! ou sur la table… la machine à laver… contre un arbre…

Esmée bondit sur Emmett, le fit tomber par terre et le bâillonna en lui enfonçant le foulard qu’elle portait autour du cou dans la bouche.

- Hmpf… éaol… hmpf... éésséfé… hmpf… oanuaeué… hmpf !
- La ferme Emmett ! Tais-toi ! Hurla Esmée en se redressant.

Alors que mon frère allait enlever son bâillon, notre mère lui frappa la main d’un coup sec.

- Je t’interdis de l’enlever Emmett ! J’en ai assez d’entendre de telles cochonneries sortir de ta bouche ! Les paillardes, c’est une chose, mais manquer de respect en insultant ta sœur c’en est une autre ! Devant son pauvre père, en plus ! Tu ne pourrais pas essayer de penser avant de parler, parfois ? Franchement, ça ferait des vacances à tout le monde ! Est-ce que je chante de telles horreurs, Emmett ?
- Hmpf… onaéaskeaunaéaneu…

Entre les borborygmes qui sortaient d’entre ses lèvres bâillonnées et ses pensées, il y avait un sacré fossé ! Esmée avait l’air satisfaite, pensant que mon frère lui répondait par la négative, et lui tapota affectueusement les joues, mais je doute que la réponse originelle d’Emmett, son « non mais c’est parce que tu as un balai dans le cul », lui aurait valu de se prendre un beau direct !

- Mon chéri, il va falloir que tu comprennes, maintenant. Tu es un grand désormais, plus un petit garçon, même si tu agis comme tel. Alors pour que je sois sûre que tu réfléchisses avant de parler, je vais devoir te punir ! Tu vas porter ce bâillon jusqu’à ce soir et tu vas copier 100.000 fois « je ne dois pas insulter mes sœurs et je dois respecter l’intimité amoureuse de ma famille ». Si tu désobéis, Emmett, je me fâcherais vraiment ! Je t’enverrai au coin, à genou les mains sur la tête, et je te priverai de télévision et de jeux vidéo pendant au moins une semaine. D’accord Emmett?

Mon frangin hochait frénétiquement la tête de bas en haut alors que je me demandais si ce qu’il venait de se passer sous mes yeux était réel ou une hallucination. Mais non, apparemment Esmée nous avait vraiment pété un câble et elle se prenait pour la mère peau d’vache. Nous l’observions tous avec effarement, sauf Carlisle. Un bref aller-retour dans les pensées de mon père m’appris à quel point Esmée pouvait faire preuve… d’autorité.
Là, je suis vraiment bon pour dix ans de thérapie…
Bella, le poing dans la bouche pour retenir ses éclats de rire, se cognait la tête contre mon bras en voyant l’air penaud d’Emmett qui, en cet instant, ressemblait à un petit garçon prit en faute. Même Charlie avait un sourire amusé en voyant la tête de mon frère alors que cinq minutes avant, il n’avait que des envies de meurtre à son égard. Carlisle, lui, avait préféré s’enfermer dans son bureau, se demandant une fois de plus ce qu’il avait pu faire de si atroce pour mériter Emmett. Rosalie, elle, caressait tendrement la tête de son compagnon, lui aplatissant affectueusement les cheveux sur le crâne. Alors que ma Bella m’attrapait la main pour m’emmener à l’extérieur, Esmée la rappela à l’ordre.

- Bella, si Emmett est puni pour t’avoir manqué de respect en chanson, tu l’es également!
- Quoi ? Mais j’ai rien fait !
- Et cette monstrueuse vidéo d’Alice, ce n’est rien peut-être ?
- Mais c’est pas juste ! C’est de sa faute !
- Sa faute ? A ce que je sache, Bella, c’est toi qui as mis cette horreur en ligne par esprit de vengeance !  Tempêta Esmée en tapotant son index sur le sternum de mon ange.
- Si Alice n’avait pas gâché notre lune de miel et si nous n’avions pas passé six heures dans une cellule pourrie sentant l’urine, la crasse et la sueur, je n’aurais jamais rien fait!
- C’est de votre faute si je vous ai balancés aux flics ! Si vous n’aviez pas filé à Las Vegas pour vous marier à la sauvette et si vous m’aviez laissée planifier votre mariage, je n’aurais jamais fait ça ! Hurla Alice, possédée par sa colère.
- ASSEZ ! S’époumona Esmée en séparant de ses deux bras Alice et Bella.

Esmée souffla vivement et s’empoigna le crâne à deux mains avant de redresser la tête, le regard décidé.

- Bella… Je comprends parfaitement ton besoin de vengeance, c’est vrai qu’Alice a un peu exagéré…
- Un peu ? C’est une plaisanterie ? S’exclama ma douce, interdite.
- Tsk ! Tsk ! Chut ! On se tait ! On ne m’interrompt pas quand je parle ! Répliqua Esmée en secouant les mains en faisant mine de chasser les mouches. Je disais donc, ma chérie, que je comprends parfaitement ta réaction. Cependant, ce que tu as fait a largement dépassé les limites du tolérable. Alors, comme punition, tu devras impliquer Alice dans les préparatifs de vos renouvellements de vœux…
- YEAH ! Génial ! Merci maman ! S’écria vivement Alice en se dandinant comme une furie tandis que ma Bella faisait une gueule de trois pieds de long – moi aussi je l’avoue -.
- Hop ! Hop ! Hop ! Je n’ai pas fini ! J’ai bien dit « impliquer », Alice. Cela signifie que tu as le droit de donner des idées mais que Bella et Edward ont un droit de veto. Ils choisiront ce qu’ils veulent, comme ils le veulent et non en fonction de ce que toi tu souhaites.
- Pff… Oui maman… Râla Alice, déçue de ne pas avoir le dernier mot.
- C’est injuste ! Alice gâche notre voyage de noces et elle s’en…
- Mais je n’ai pas encore fini, Bella, rassures-toi ! Donc, je disais, Alice participera aux préparatifs festifs mais vous aurez cependant le choix puisqu’il s’agit de vos vœux. C’est ta punition, Bella, pour avoir osé mettre cette ignoble chose en ligne. Quant à toi Alice…
- Comment ça « quant à moi » ? S’offensa ma sœur.
- Oui Alice. Tu ne croyais pas t’en tirer à si bon compte, non ? Tu as quand même gâché les noces de ton frère et de ta belle-sœur. De plus, ta façon de décider de tout pour tout le monde nous a fait rater leur mariage et tu sais très bien que c’était ce que j’attendais le plus au monde, voir enfin mon premier fils se marier. Donc, en punition, tu vas me donner tes cartes de crédit et carnets de chèques. Je te les confisque pendant… pendant deux semaines !
- Quoi ? Non ! NOOOON ! C’est atroce ! Immonde ! Épouvantable ! Ma mort assurée ! S’exclama Alice le regard triste à vous fendre le cœur.
- Non Alice, ce n’est qu’un juste retour des choses. Et je t’interdis de réclamer de l’argent à tes frères et sœurs, crois-moi, je le saurai. Et je t’interdis également d’obliger ce malheureux Jasper à t’acheter ce que tu souhaites durant cette période ! Si je vois le moindre vêtement ou une quelconque chaussure qui n’a rien à faire ici, je rajouterai une nouvelle quinzaine d’interdiction pécuniaire ! Oh ! Je me débarrasserai également de tous tes vêtements, chaussures, foulards, cosmétiques… et en ferai don à une association caritative. Termina Esmée, satisfaite de son petit effet.

 Alice cria, pleurnicha, fit une comédie, tapa du pied, fit des caprices avant de s’effondrer sur le sofa, les épaules voûtées, la lèvre inférieure tremblotante, le regard larmoyant, tandis que notre mère allait jusqu’à la cuisine afin de préparer, une fois de plus, un repas gargantuesque pour les humains, les Quileute et les Lycans.
J’entendis alors un souffle collectif, et en me retournant, je m’aperçus que nous avions eu un vaste auditoire et que tous avaient été époustouflés par l’autorité saisissante d’Esmée. Aro l’observait, le regard pétillant d’adoration. Il s’imaginait déjà emmener Esmée à Volterra pour qu’elle éduque comme il se doit les gardes. Il finit par secouer la tête, consterné, comprenant que notre mère ne mettrait jamais un pied à Volterra si elle pouvait l’éviter.
Du coin de l’œil, je vis qu’Alice cherchait une solution pour passer outre sa punition, fouillant les futurs potentiels. Subitement, elle se redressa, un sourire éblouissant aux lèvres, et fonça jusqu’à l’ordinateur le plus proche pour se connecter à un site de prêt-à-porter de luxe. Bella, la voyant faire, fulminait de colère alors que ma sœur avait un sourire narquois aux lèvres en la regardant. Alors qu’elle avait fait sa sélection – très onéreuse s’il est besoin de préciser – et qu’elle entrait les informations de son compte Pay-Pal® pour finaliser son achat, Esmée débarqua en trombes, débrancha l’ordinateur et frappa du poing sur le bureau où Alice était assise.

- C’est également valable pour tes comptes Pay-Pal®, Alice ! Méfies-toi, je t’ai à l’œil !

Je ne pus m’empêcher d’exploser de rire en voyant le visage de ma sœur se décomposer, et j’entendis Jasper déglutir en essayant d’étouffer ses rires. Me tournant vers lui, je le vis observer sa compagne avec un air amusé et à la fois attendri face à son chagrin. Il s’approcha d’Alice pour la consoler et ma frangine monta sur ses grands chevaux, hurlant au scandale car son Jazzou n’était même pas fichu de prendre sa défense.
Entre les hurlements stridents d’Alice, les sanglots déchirants de Rosalie qui portait le deuil de son défunt ordinateur, le frottement continu de la plume sur le papier alors qu’Emmett copiait ses lignes sans broncher, le bruit de fond des diverses conversations tenues dans la villa, les multiples pensées qui envahissaient mon esprit, principalement celles de Carlisle qui continuait d’implorer le Seigneur de faire quelque chose, même n’importe quoi, pour qu’Emmett prenne un peu plus de plomb dans la tête, les odeurs nauséabondes qui émanaient de la cuisine et le bruit des pas du Chef Swan qui approchait inexorablement de nous, je ne tenais plus. J’agrippais vivement le poignet de ma Bella, l’emmenais au plus vite à l’extérieur en la faisant trébucher suite à mon empressement, puis l’entraînais dans les bois pour une petite partie de chasse improvisée. Une fois arrivés au cœur de la forêt, nous n’irions pas plus loin ; je la plaquais fermement contre un épicéa dont le tronc crissa violemment suite au choc et m’emparais goulûment de ses lèvres charnues, toute idée de chasse oubliée lorsqu’elle répondit aussi favorablement à mon ardeur…

                    *******************************************************
Les journées se suivaient inlassablement, constamment, tout comme les caprices et crises d’hystérie d’Alice. Sa « punition » tirait sur sa fin, elle n’en pouvait plus. En la voyant dans cet état, on l’aurait aisément prise pour une accro à l’héroïne en manque de sa dose. Angoisses, « sueurs froides », tremblements intempestifs, sautes d’humeur… tout y passait et chacun en prenait pour son grade ! Jasper avait beau la bombarder de vagues de calme, ça n’y faisait rien. Il faut dire aussi que le pauvre n’y mettait pas vraiment d’entrain puisqu’Alice l’avait menacé de faire ceinture s’il faisait agir son talent sur elle…
En plus des crises d’hystérie d’Alice, nous avions constamment de longues séances d’entraînements. Développer les dons des uns et des autres, les étudier sous toutes leurs formes, voir leurs limites… et parallèlement, les entraînements au combat. Corps à corps, arts martiaux, à deux contre un… Oui, les journées étaient devenues si semblables que ça en devenait lassant, pénible. Heureusement que mes escapades avec ma Bella me permettaient de sortir de la monotonie !
Aro et Marcus étaient repartis en Italie ; Caïus étant de retour à Volterra, Aro souhaitait l’espionner discrètement. Enfin… aussi discrètement qu’Aro en était capable. La discrétion d’Aro est aussi visible qu’une vache au beau milieu d’un couloir.
Hier soir, Charlie était venu pour me proposer de passer une journée « entre hommes » afin d’apprendre à se connaître. C’est pas trop tôt !
C’est pourquoi je me retrouvais comme un con sur le minuscule bateau de mon beau-père, à cinq heures du matin, une canne à pêche à la main et un chapeau ridicule recouvert d’hameçons de toutes sortes juché sur le crâne, avec un Charlie attifé de la même façon. Il n’arrêtait pas de râler car le poisson ne mordait pas ; j’avais beau lui expliquer que ma nature de prédateur en était la cause, il s’en foutait royalement. Il voulait au moins repartir avec une prise…
Aux alentours de midi, alors que Charlie buvait une bière en pestant car « ça ne mordait pas », moi je subissais l’odeur d’iode et de poisson refoulant de l’océan entre deux menaces du genre « t’as intérêt à bien traiter ma fille ou je trouve des mercenaires vampires pour te démembrer avant de te foutre moi-même au bûcher ».
Cela faisait plus de huit heures que je ne bougeais pas à l’écouter râler sur la pêche infructueuse, j’en avais assez. Je me jetais à l’eau, filant entre les flots à la recherche d’une belle prise pour mon beau-père. J’ai fini par trouver un petit requin hargneux. Cette espèce d’idiot a essayé de m’attaquer ! L’imbécile… mais bon, venant d’un poisson, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il brille de par son intelligence. J’ai coincé la petite teigne sous mon bras, filé une fois de plus entre les vagues jusqu’à rejoindre Charlie qui s’époumonait à m’appeler. J’ai saisi sa ligne, coincé l’hameçon dans la gueule du requin puis suis remonté d’un bond dans l’embarcation qui tangua à peine sous mon mouvement. Charlie hurla de terreur en s’attrapant le cœur à deux mains avant de m’insulter copieusement, et j’eus à peine le temps de lui dire de surveiller sa ligne que le requin commençait déjà à se débattre vigoureusement. Charlie s’accrocha à sa canne à pêche, se battit un sacré moment avec la bête, le visage rayonnant de joie d’avoir enfin une prise, et une fois le requin épuisé par leur joute, Charlie s’activa à fond sur son moulinet. Son air de surprise et de stupeur en voyant le requin émerger de l’eau valait son pesant d’or, et le sourire éclatant sur son visage me fit plaisir.

- Un poisson ! Un poisson ! Enfin une prise ! Un… un requin ? Mais… il ne devrait pas y en avoir par ici ! Comment ? Mais que… Edward !

Je haussais innocemment les épaules, tout en sachant que j’étais quand même pris sur le fait. Pff… C’est bien la dernière fois que j’emmène mon beau-père à la pêche ! Un bref aller-retour dans son esprit me fit comprendre qu’il n’en pensait pas moins. Ouf !
Ne sachant pas quoi faire du requin, et n’ayant aucune intention de remettre à l’eau sa plus belle prise, Charlie décida de le garder… pour le faire empailler.
Étonnamment, il avait été plus que satisfait de notre journée, il était content d’avoir eu une occasion de mieux connaître son gendre, bien que frémissant à chaque fois qu’il repensait à notre mariage. Moi aussi j’avais passé une bonne journée, même si j’avais dû subir les odeurs nauséabondes émanant de l’océan.
Je reconduisis Charlie à La Push et après lui avoir assuré une fois de plus que j’avais passé une bonne journée en sa compagnie, je repris le chemin de la villa.
En arrivant, j’eus la surprise de voir qu’Emily était à la maison. Cela faisait une éternité que nous ne l’avions pas vue, depuis le changement radical de comportement de Sam à vrai dire. Il craignait pour la vie de son imprégnée, persuadé que nous n’attendions qu’une chose : la croquer.
La pauvre était dans un état épouvantable, secouée par des sanglots déchirant de douleur. Les yeux rouges et bouffis par les pleurs, le visage marqué par les larmes qui coulaient abondamment sur ses joues, les lèvres serrées afin de contenir ses sanglots, Emily faisait peine à voir. À ses côtés, Leah essayait tant bien que mal de l’apaiser, malheureusement ses tentatives se révélaient infructueuses.
J’eus à peine le temps d’arriver que Carlisle et Esmée me mettaient le grappin dessus, me demandant la cause des larmes d’Emily. Je plongeais dans les pensées de la jeune Indienne mais, comme ses maigres paroles, ses pensées étaient brouillées.

- J’en sais rien, elle est aussi incohérente en pensées qu’en paroles. As-tu contacté Billy? Peut-être qu’il en saura plus.
- Oui. M’indiqua Carlisle. Il devrait arriver sous peu. Emily pensait le trouver ici, c’est pourquoi elle est venue.
- Et toi Leah, sais-tu pourquoi ta cousine est en larmes ? Demandais-je, curieux.
- Non, je n’en ai aucune idée. Elle m’a suppliée de l’emmener ici pour voir Billy, on pensait qu’il était avec vous…
- Les Lycans l’ont emmené se balader en forêt ! Intervint Esmée. Ils ne devraient plus tarder, j’ai envoyé Bella, Jasper, Emmett et Rosalie les chercher.
- Veux-tu qu’on appelle Sam, Emily ? Demanda mon père d’une voix douce.
- Non. NON ! Su-surtout pas… pas… Sa-sam ! Si-si-s’il vous p-plait ! Pas... Pas Sam !

Emily recommença à pleurer et ses sanglots poignant de désespoir me fendaient le cœur. Elle si joyeuse, si heureuse de vivre en temps normal, un éternel sourire rayonnant de bonheur aux lèvres, faisait peine à voir.
Puis un fumet envoutant me parvint aux narines et j’ouvris la porte à ma Bella qui revenait à toute vitesse, Billy Black entre les bras. Le regard du vieil Indien balaya la pièce et il se durcit lorsqu’il découvrit le pitoyable état dans lequel se trouvait Emily.
Mon ange déposa délicatement Billy aux côtés de la jeune Indienne. Il tapota maladroitement l’épaule d’Emily puis lui frotta doucement le dos en lui murmurant des paroles apaisantes avant de faire un léger signe de tête à Jasper, qui venait de rentrer avec les autres. Jazz, sentant la déchirante tristesse d’Emily, effleura l’épaule de la jeune femme, concentrant son talent sur l’Indienne et la calmant suffisamment afin qu’elle s’explique.
Au fur et à mesure que je percevais les pensées de la jeune femme, je n’avais plus qu’une envie, une seule, fracasser le crâne de Sam contre un mur jusqu’à ce qu’un peu de plomb et de bon sens s’immiscent au creux de ses méninges.

- Je… je suis enceinte.
- FÉLICITATIONS !

Emily fondit une fois de plus en larmes alors que nous la complimentions pour cette excellente nouvelle. Jasper posa alors une main franche sur son épaule et la détendit instantanément. C’est cool d’avoir son Prozac® personnel !
Emily souffla lourdement entre deux sanglots puis poursuivit.

- J’ai appris que j’étais enceinte la semaine dernière, c’était le plus beau jour de ma vie ! Et Sam… Sam veut que j’avorte ! Il veut tuer mon bébé... notre bébé… parce qu’il est persuadé que le bébé est une abomination, qu’il deviendra également un mutant ! Et… et… Il-il en veut aux Cullen, il dit que c’est de leur faute ! Il dit qu’à cause des Cullen, il a rendu Leah malheureuse… de vous… Il dit qu’il n’aurait jamais dû devenir un loup et qu’à cause des Cullen... de vous… il a dû briser toutes ses promesses envers Leah… qu’il aurait dû l’épouser et avoir des enfants avec elle… et… et…
- Mais c’est n’importe quoi ! S’exclama Leah, furibonde. Oui, ok, je vous en ai voulu au départ parce qu’à cause de vous, Sam s’était imprégné de ma cousine. Mais si vous n’étiez pas là, jamais Embry et moi n’aurions rencontré nos âmes sœurs ! J’aime Ben plus que tout au monde, il est toute ma vie ! Sam raconte n’importe quoi, c’est un ramassis de conneries !
- Je… je suis malheureuse, je ne le reconnais plus ! Il a changé… ses... ses paroles m’ont fait mal… c’est comme s’il m’en voulait de s’être imprégné de moi ! Et le bébé… je ne veux pas… je ne veux pas avorter… Je refuse ! Sanglota Emily.
- Chut ! Emily, calmes-toi. Rien ne t’oblige à renoncer à cette grossesse. L’apaisa Billy en lui tapotant doucement la main. Je vais parler à Sam. S’il le faut, je ferais intervenir le Vieux Quil et Sue. Nous sommes les Anciens, il devra se plier à notre décision.
- Non Billy, non ! Ça ne fera qu’empirer les choses. Sam n’est plus l’homme dont je suis tombée amoureuse. Il est… il a changé. Il est devenu méchant et imbu de lui-même. Il a fait plier les jeunes à sa volonté, il ne les contrôle que par la peur. Il dit… il dit que c’est son devoir en tant qu’Alpha de protéger La Push et tout l’état de Washington même, de la menace que représentent les Cullen… Je ne comprends pas ce qui lui arrive. Ce n’est pas lui ! Il a l’apparence de Sam, la voix de Sam, les yeux de Sam, mais ce n’est pas Sam ! Pleurnichait désespérément Emily.
- Mais qu’a-t-il donc pu lui arriver ? S’exclama Leah, consternée par l’attitude de celui qu’elle avait, un jour, tant aimé.
- C’est vrai qu’il a subitement changé après votre escapade à Seattle. Du jour au lendemain, il n’était plus le même… Musa Billy en se frottant pensivement le menton. Dites-moi Carlisle, Aro a-t-il pu avoir son entrevue avec Sam avant son départ ?
- Hum… oui mais ça n’a pas été bien brillant, Sam était énervé et colérique. Cependant, Aro a pu brièvement lui toucher la main et il est remonté jusqu’à Seattle. Mais il n’y avait rien. Les dix minutes dont la Meute a été coupée avec Sam ont disparu, c’est comme si elles n’avaient jamais existé. Répondit Carlisle en se remémorant l’entretien qu’il avait eu avec Aro, la veille de leur retour pour l’Italie.
- Mais alors quoi ? S’énerva Billy en tapant du poing sur la table.

Nous nous observions, mes frères et moi, puis je hochais la tête, signifiant à Jasper qu’il pouvait parler. Après tout, ce n’était qu’une hypothèse.

- Nous pensons… vu son changement de comportement si soudain et radical, et en fonction de certaines paroles que nous avons entendues, nous pensons que Sam aurait pu rencontrer l’un des nôtres. Un vampire cela j’entends, et qu’il serait sous son emprise.
- Mais pourquoi ?
- Alors là, on n’en sait rien du tout ! Rétorqua Jasper en secouant la tête.
- Il… parfois Sam disparaît pendant quelques heures… que ce soit de jour ou de nuit… je… je ne sais pas où il va… Au début je pensais qu’il avait à faire avec la Meute mais… mais non… Je me suis renseignée auprès d’eux… j’ai même cru qu’il avait une maitresse ! Pleurnicha Emily.
- C’est impossible ma chérie, Sam ne pourrait jamais avoir une aventure avec une autre femme. Tu es le centre de son univers, son amour pour toi est indéfectible. La réconforta Esmée en lui caressant tendrement la joue.
- Mais… mais il a tellement changé !
- S’il s’absente ainsi, c’est qu’il doit rencontrer ce vampire dont vous parliez… Mais pourquoi ? S’irrita Billy une fois de plus.
- Là est la question, pourquoi. Malheureusement, à moins de faire suivre Sam 24h/24, nous n’aurons jamais la réponse. Vous serait-il possible de le confiner à La Push, sous n’importe quel prétexte, et nous prévenir dès qu’il s’absente ? Nous pourrions toujours avoir deux ou trois personnes à l’affût pour le surveiller. Demanda Carlisle.
- Impossible ! Enfin… le garder à la réserve, c’est faisable, mais le faire suivre… Il le saura s’il y a des vampires à l’horizon, même si vous le surveillez de loin. Nous avons une espèce de détecteur de sangsues intégré. Assura Leah.
- Nous ne pouvons peut-être pas le suivre nous, mais vous, vous le pouvez. Répondit Jasper en réfléchissant déjà à un plan d’action. On pourrait… je ne sais pas… faire des roulements entre Jared, Paul, Embry, Seth… vous êtes plusieurs maintenant dans la Meute de Jacob, non ? Même voir à ce que les jeunes restés avec Sam le suivent…
- Si on met les jeunes, Sam le saura. S’il ne peut plus communiquer avec nous sous sa forme lupine puisque nous avons quitté sa Meute, il peut toujours communiquer avec les jeunes et donc voir leurs pensées. Si nous leur demandons leur aide, il le saura obligatoirement. Par contre, on peut toujours mettre Paul et Jared sur le coup, ils sont toujours amis, même s’ils ne comprennent pas le comportement de Sam. Expliqua Leah tout en envoyant un texto à Jacob pour le prévenir.

Après avoir bu une tisane préparée par ma mère, et avoir eu sa dose de Prozac® made in Jasper, Emily quitta la villa, accompagnée de Leah et Billy Black, un sourire faiblard aux lèvres mais malgré tout sereine. Le plan « suivre Sam » venait de commencer…

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Pendant que nous passions nos journées, et parfois même une partie de la nuit, à nous entraîner, tant au niveau physique ou pousser nos dons à leurs extrêmes possibilités, Jared, Paul et Cole se relayaient inlassablement, suivant Sam de loin, épiant tous ses faits et gestes. Mais jusqu’à présent, cela ne donnait rien.
À la demande d’Éléazar, Riley faisait quelques heures de méditation quotidiennes. En effet, Éléazar était persuadé que le nouveau-né pouvait nous permettre de vaincre Félix et Caius sans même nous battre, c’était là la subtilité de son don. Cependant, il fallait pour cela que le jeune vampire soit capable de se détendre complètement et de faire le vide. Une histoire d’être en phase avec son moi intérieur selon le Dénali. Vieux toqué !
Quant à Diégo, le pauvre ne parvenait pas à maîtriser son talent. Une fois, Emmett s’était amusé à lui crier « BOUH » au creux de l’oreille et le pauvre Diégo s’était retrouvé téléporté 500 mètres plus loin, derrière les carrures imposantes des Enfants de la Lune. La peur était, pour le moment, l’élément déclencheur de son talent. Éléazar en était d’ailleurs frustré, il savait que le jeune vampire pouvait choisir d’apparaître où bon lui semble, il fallait simplement qu’il arrive à maîtriser son talent. Il fallait souvent plusieurs décennies avant de réussir à contrôler toutes les facettes d’un don ; j’avais eu pas mal de difficultés pendant une bonne vingtaine d’années avec ma télépathie avant de réussir à ignorer les voix ou au contraire en écouter certaines plus particulièrement. Je ne parlerai même pas du nombre de fois où je répondais aux questions d’un humain avant même qu’il ne l’ait posée… Il faudrait donc pas mal de temps avant que Diégo puisse dompter son talent. Malheureusement, nous n’avions pas beaucoup de temps devant nous…
Les disparitions se faisaient de plus en plus nombreuses aux environs de Seattle, des recrues potentielles pour l’armée de Caïus ou de simples « repas » pour jeunes vampires assoiffés.
En parlant de jeunes vampires, Bree, Diego et Riley s’adaptaient particulièrement bien à notre mode d’alimentation et éprouvaient beaucoup moins de difficultés à se trouver en présence des humains qui venaient régulièrement à la villa. Leurs yeux commençaient à se teindre de touche ocre, et au lieu d’être d’un bordeaux sinistre, leurs prunelles étaient dorénavant orangées.
Alors qu’Éléazar me poussait à entendre les pensées de Jake et Tanya, qui s’éloignaient de plus en plus, afin de calculer sur quelle distance fonctionnait mon talent, Alice se mit à hurler comme une furie.

- JAMAIS ! Tu ne me feras JAMAIS porter une horreur pareille Emmett !
- Hep ! Hep ! Hep ! Frangine ! N’oublie pas que tu m’as promis de faire tout ce que je voulais pendant une semaine ! Railla Emmett.
- Mais… mais c’était il y a un mois de ça !
- Peut-être, mais c’est à partir de maintenant que ma semaine commence, petite sœur ! Alors tu mets ça et tu te tais !

Alice pleurnicha, tapa du pied, supplia Emmett mais rien n’y fit, elle dut mettre la tenue que notre frère lui avait préparée. Tous deux me cachaient leurs pensées, à force d’habitude, ils avaient de nombreux trucs pour me tenir éloigné de leurs esprits. Aussi, lorsqu’Alice sortit finalement de la maison, je ne pus m’empêcher d’exploser de rire, tout comme les autres, en voyant l’accoutrement ridicule qu’Emmett lui avait prévu.
Alice était vêtue d’une robe-tablier parfaitement hideuse à grosses fleurs, ces mêmes robes que portent les grands-mères, et était chaussée de bottes en caoutchouc rouges. Elle portait également des bas bleu-foncé ressemblant étrangement aux bas à varices et un bob rose fluo était juché sur sa tête. Bref, Alice était loin, mais alors très loin de son style vestimentaire habituel. Tout le monde riait et Jasper avait bien du mal à retenir son hilarité, il avait les lèvres pincées et se mordait l’intérieur de la joue. Ce qui l’aidait par-dessus tout à ne pas hurler de rire était le regard de sa compagne, celui-là même qui lui promettait de faire ceinture pendant de longues semaines si le moindre son sortait de sa bouche.

- Waouh Alice, quelle classe ! Si c’est le genre de robe qui te plait, j’ai bien peur que tu ne m’aideras pas à choisir la mienne pour le grand jour ! Persifla ma Bella, un sourire moqueur aux lèvres.
- Y’a pas que la robe, Bells ! T’as pas vu sa combinaison ? Et ses dessous hideux ? Regarde, elle a même une horrible gaine ! Ricana Rosalie en donnant un coup d’épaule complice à ma douce.
- On peut dire que tu as fait fort, Em, t’as du style ! Rit Jasper, ce qui lui valut un regard noir de la part de sa compagne.
- Oups ! T’aurais peut-être dû la fermer sur ce coup, Jazz. T’es bon pour la veuve poignet pendant quelques semaines ! Lui dis-je en percevant les pensées assassines et castratrices de ma sœur.

Jasper grimaça puis supplia Alice du regard avant de foncer vers elle pour la prendre dans ses bras ; elle s’écarta au dernier moment tout en lui faisant un croche-patte et Jasper s’étala de tout son long aux pieds de sa compagne.

- Bon, c’est pas bientôt fini ces enfantillages ? Y’a du boulot ! S’interposa Éléazar en nous dardant d’un regard noir.

Je soufflais avant de me reconcentrer sur les pensées de Jacob et Tanya, avant de m’en écarter tout aussi vite ; ils étaient… occupés en plein milieu des bois, à une petite dizaine de kilomètres d’ici. Tout le monde se prêta à l’expérience, chacun son tour, et au bout d’une heure, Éléazar fut satisfait des résultats. Je pouvais « entendre » nettement ma Bella, tout comme Carlisle, jusqu’à une distance de 20 km. Arrivés à 30 km, je ne les entendais plus du tout. Je percevais Alice clairement jusqu’à 15 km, puis mes frères, Rosalie, Esmée, le clan Dénali, Jacob et Tanya jusqu’à 10 km. Les autres, jusqu’à 5. Selon Éléazar, j’entendais plus facilement ma Bella car nous étions compagnons. Pour Carlisle, cela venait du fait qu’il était mon créateur. Concernant Alice, comme nos talents se complétaient, elle pouvant prévoir mes faits et gestes à l’avance et moi percevant les siens, il était normal que je l’entende mieux que mes autres frères et sœurs.
Éléazar passa ensuite ma douce au microscope, enfin façon de parler. Puisque son bouclier pouvait maintenant agir sur la matière, il voulait qu’elle développe cette particularité plus attentivement. Mon ange se plia sans broncher aux différents exercices imposés et je ne pus m’empêcher de rire en voyant Emmett bondir dans tous les sens, malheureusement contre sa volonté. Bella le relâcha en haut d’un arbre et il en redescendit, hilare, n’attendant qu’une chose, un nouveau « tour de manège » à la Bells. Il rigola beaucoup moins lorsque, à la demande d’Éléazar, Bella enroula son bouclier autour d’un énorme rocher avant de le faire léviter à un mètre du sol puis de le pulvériser en resserrant l’enveloppe invisible autour de la roche. Décidément, son talent pouvait s’avérer redoutable…
Lorsqu’elle se plia à un autre exercice, je vis Éléazar faire un signe de tête à Jasper et subitement, le tronc d’arbre qui lévitait se retrouva par terre, tout comme ma Bella qui se roulait au sol en se tenant le ventre.

- Jazz arrête ça ! On voit bien que t’as jamais eu d’ovaires, ça fait un mal de chien ! Punaise, c’est comme si j’avais à nouveau mes règles, arrête ça nom d’un chien ou je te jure que je t’enfoncerais tout le contenu d’une boite de tampons taille maxi là où je pense ! Hurla ma douce en se massant le ventre.

Je grognais en voyant que Jasper continuait à la faire souffrir puis subitement, il s’écroula à genoux les mains plaquées sur son entre-jambe, le souffle coupé, le visage blême et une expression d’intense douleur étirant ses traits. Éléazar s’esclaffa tout en marmonnant inlassablement « incroyable ». Enfin, ma Bella se redressa, tout comme Jazz, l’un et l’autre ne souffrant plus du tout.

- Euh… Il s’est passé quoi, là ? Demanda Emmett en se grattouillant le crâne.
- Un effet miroir, je pense… Répliqua Éléazar.
- Effet quoi ?
- Miroir. Je pense que lorsque Jasper a fait souffrir la jeune Isabella de cette façon, son bouclier physique – ou matériel – a subitement cessé d’agir. Cependant, lorsqu’elle a réussi à en reprendre le contrôle, le bouclier a instantanément renvoyé à Jasper son propre don, et donc la douleur qu’il envoyait. Continua Éléazar.
- EH ! Mais ça fait mal ton truc ! Se plaignit mon frère en se massant les burnes.
- Ouais ben le tien aussi ! Cracha ma douce en lui lançant un regard noir.

Éléazar ricana jusqu’à ce qu’il se torde de douleur au sol, plié en deux par de violentes coliques provoquées par Jasper ; là il riait beaucoup moins !
Alors que nous continuions à nous entraîner sur nos différents talents et voir quelles combinaisons de dons marchaient ou non, de lourdes pattes foulant le sol attirèrent mon attention. Un imposant loup gris arrivait à toute vitesse vers nous, la gueule ouverte pour attraper au vol le short qu’Alice lui envoyait. Il alla se cacher derrière les fourrés puis Paul ressortit quelques minutes plus tard, complètement paniqué.

- Vous aviez raison…
- Qu’est-ce qu’il y a Paul ? S’inquiéta Jacob en voyant l’état dans lequel se trouvait le Quileute.
- Sam… Il a bien été hypnotisé par une sangsue… désolé les gars, j’parle pas pour vous !
- Qu’as-tu vu, Paul ? Que s’est-il passé ? S’interposa Carlisle, tendu.
- Je… c’était mon tour de garde aujourd’hui. Sam est parti après avoir entendu la sonnerie de son téléphone portable. Enfin non, pas le sien, un autre téléphone mais que je n’avais jamais vu. Il s’est transformé et il est parti comme une flèche vers Seattle. Je l’ai suivi de loin, il ne m’a ni vu, ni senti. Il y avait une aire de repos boisée pas loin de la route, il a repris forme humaine, s’est rhabillé et a attendu. Y’a un suceur de sang qui a débarqué, il était hallucinant, taillé comme une armoire à glace. Il a juste regardé Sam droit dans les yeux en lui tenant la main et Sam… ben Sam il avait l’air en transe. La sangsue a pas dit un seul mot, mais Sam n’arrêtait pas de hocher la tête, complètement hypnotisé par le parasite – désolé les gars, j’parle pas de vous – et puis ils sont repartis, chacun de leur côté, comme ça. J’ai suivi Sam, il est rentré directement à La Push, comme si de rien n’était et moi, ben je suis venu directement ici. Jared et Cole le surveillent à l’heure qu’il est, ils ont vu ce que j’ai vu puisqu’ils patrouillaient dans les bois pendant ce temps… Merde ! J’y croyais vraiment pas à ça, mais là y’a plus de doutes possibles, Sam est sous l’emprise d’une sangsue. Mais pourquoi?
- Je n’en sais vraiment rien, Paul. Dis-moi, à quoi ressemblait ce vampire ? Demanda mon père, intéressé.
- Un grand machin carré d’épaules, tout en muscles, de longs cheveux blonds presque blancs… Il ressemblait… il ressemblait à un putain de Viking. S’exclama finalement Paul.

Je vis à travers ses pensées le vampire qui avait une emprise sur Sam et effectivement, le mot Viking s’imposait.

- Alice, serais-tu capable de le dessiner si Paul et Edward te le décrive ? Demanda avidement Éléazar, les pensées confuses.

Ma sœur hocha brièvement la tête avant de filer chercher un bloc de papier et des crayons. Elle écouta attentivement la description que Paul lui faisait et se mit à faire un croquis des plus précis, son crayon voletant sur la feuille à toute vitesse. Au bout de plusieurs minutes, elle montra finalement le portrait à Paul qui hocha la tête de façon affirmative.

- Ouais ouais, c’est ça. C’est la sangsue viking !

Éléazar souffla bruyamment, les yeux écarquillés en fixant le croquis qui se trouvait devant lui.

- Nom de Dieu… Siegfried.

Je me raidis en entendant le nom du vampire, sachant que son prodigieux talent était des plus dangereux.

- Pourquoi ça me dit quelque chose, ce nom ? Demanda Jacob, les sourcils froncés.
- Parce que tu l’as déjà entendu. Répliqua Éléazar. Siegfried… manipule les souvenirs comme bon lui semble. On dirait que Félix a commencé à nous attaquer, je ne pense pas que cela soit innocent qu’il s’en soit pris à l’Alpha de la Meute. Reste à savoir pourquoi, et surtout quelles pensées ont été implantées dans l’esprit de ce pauvre Sam. Je comprends mieux pourquoi il agit ainsi envers nous tous, maintenant, il est sous l’emprise de Siegfried.

Un silence funèbre planait sur le terrain, chacun se demandant ce qu’il allait se passer ensuite. Ce n’était pas un hasard si Sam avait été hypnotisé par ce Siegfried, tout comme nous autres, il n’était qu’une victime des desseins sadiques de Félix. Le Quileute n’était qu’un vulgaire pion dans le grand schème.
Si ma Bella s’était figée en entendant le prénom du vampire qui avait une emprise sur Sam, se remémorant subitement sa captivité et la peur tenace qui l’habitait en ce temps-là de savoir que Siegfried pouvait m’effacer de ses souvenirs, moi j’étais complètement survolté. Rage… Angoisse… Terreur… Instinct de protection, de possession… J’étais submergé par une pléiade de sentiments contradictoires et je me sentais sur le point d’exploser. Même Jasper n’arrivait pas à me calmer tant mes émotions exacerbées passaient de l’une à l’autre en un battement de cil. Les pensées affolées des uns et des autres qui m’envahissaient en cet instant n’aidaient en rien et au contraire, amplifiaient considérablement la violence des sentiments qui  m’habitaient.
Je sentis une pression sur mon poignet et feulais malgré moi jusqu’à ce qu’une voix mélodieuse s’immisce dans mon esprit.
                  Viens Edward. Viens avec moi mon amour. Suis-moi !


Sentant que j’avais énormément de difficultés à garder le contrôle et que je parvenais à mon point de rupture, ma Bella avait fait la seule chose capable de ma calmer, m’ouvrir son esprit si doux. Ô mon ange… je te suivrais jusqu’au bout du monde… Une fois que je me serais débarrassé de mes pulsions meurtrières.
Elle m’entraîna à sa suite, zigzaguant entre les arbres, les roches, bondissant par-dessus les cours d’eau que nous rencontrions sur notre route. Je redoublais de vitesse, les muscles bandés par la rage et le besoin de détruite la menace, effrayé à l’idée qu’elle ne succombe finalement au terrible don de ce foutu viking pour ne devenir plus que l’ombre d’elle-même et un objet de plaisir de ce sadique de Félix. Bella relâcha finalement ma main et j’enroulais mes bras autour de l’arbre le plus proche, hurlant ma haine alors que je le déracinais et l’éjectais plus loin avant de pulvériser tout ce qui me passait sous les doigts, en proie à ma folie destructrice.

- Edward…

Je ne l’entendais pas, submergé par la peur ; je n’écoutais que ma colère et ma haine, libérant ma hargne et évacuant ma frustration en martelant le sol de mes poings.

- Edward arrête ça ! STOP !

Même son esprit ouvert ne parvenait pas à apaiser la violence qui faisait rage en moi.

- Edward arrête ! MAINTENANT !

Je brisais tout ce qui me passait sous la main, déchirant… broyant… pulvérisant… jusqu’à ce que je me retrouve complètement bloqué, incapable de contrôler mon corps.

- Edward, calmes-toi s’il te plait.

Je relevais la tête et croisais le regard inquiet et empli de sollicitude de ma Bella.

- Relâche-moi Bella.
- Non.
- Relâche-moi !
- Tu me fais confiance, Edward ?
- Bien sûr que oui !

J’étais choqué qu’elle puisse imaginer ne serait-ce qu’un instant que je ne lui fasse pas confiance.

- Tu es tellement toujours… si maître de tes pensées et de ton corps, Edward. Mais là, tu en arrives au point de rupture. Ce n’est pas bon d’avoir toujours le contrôle de tout, Edward, pas bon du tout… Laisse-moi… Laisse-moi prendre le contrôle…
- Bel…

Je me sentis catapulté contre un arbre, incapable de bouger ne serait-ce que le petit doigt, coincé dans une enveloppe invisible qui m’empêchait de faire le moindre mouvement. Bella était en face de moi, éloignée de deux pas ; je pouvais sentir son souffle s’échouer sur ma peau. Je hoquetais de stupeur lorsque brusquement, je sentis comme une cinquantaine de mains palper mon corps.
Entre les doigts qui grattouillaient mon cuir chevelu, les mains qui caressaient mes bras, mes jambes, mes épaules, pressant mes cuisses et mes biceps d’une délicieuse façon, je ne savais plus où donner de la tête. Des centaines de doigts se baladaient allègrement sur mon corps sans en oublier une seule parcelle, à part la plus importante malheureusement, et je m’abandonnais à ce massage des plus étranges, mais néanmoins parfait. Ce n’est pas comme si j’avais le choix de toute manière, j’étais incapable de bouger ne serait-ce que le petit doigt. J’ouvris les yeux et découvris le regard à la fois gourmand et amusé de mon ange rivé sur moi, un petit sourire diabolique étirait ses lèvres parfaites et je grognais d’envie lorsque le bout de sa langue lécha doucement sa lèvre inférieure.

- Bella ! Libère-moi.

Son sourire s’élargit encore plus et elle secoua la tête en ricanant tandis que les mains invisibles me caressaient de plus en plus fort. C’était une vraie torture. Délicieuse, mais de la torture tout de même. Mes yeux s’écarquillèrent lorsque les boutons de ma chemise sautèrent l’un après l’autre avec une lenteur délibérée et le regard brûlant de ma Bella parcourant mon torse n’arrangeait en rien mon état. Son sourire s’étira considérablement lorsqu’elle aperçut la proéminence coincée dans mon pantalon et elle se lécha les lèvres avec gourmandise avant de river son regard au mien.

- Dis-moi, Edward, pourquoi t’es-tu donc énervé à ce point sur ces pauvres arbres ?
- Je… rien. Pour rien.
- Mensonge. Dis-moi, Edward !
- La… la peur… Les mains qui parcouraient mon corps me rendaient partiellement incohérent.
- La peur ? Peur de quoi, Edward ? Ou plutôt... de qui ?
- Rien… Personne !
- Ah oui ? N’aurais-tu pas peur de... Siegfried ? De ce qu’il pourrait faire ?
- Non… OUI !
- As-tu donc oublié, Edward ?

Les mains se firent soudainement plus pressantes, câlines, étourdissantes et je fermais les yeux lorsqu’il y eut une pression sur mon entre-jambe, que les mains avaient ignorée jusqu’à présent, et feulais en sentant les boutons de mon jeans sauter l’un après l’autre, lentement, trop lentement, libérant mon membre douloureusement à l’étroit dans mon pantalon.

- Humm… Pas de sous-vêtements aujourd’hui, Edward ?
- Ils… ils me gênent avec ce jeans là… ça gratte…
- Tu devrais les oublier plus souvent mon amour.

J’eus à peine le temps d’ouvrir la bouche que mes yeux roulèrent sous mes paupières ; ma queue était désormais la nouvelle victime de tous ces doigts baladeurs.

- Je suis à toi, Edward. À toi et à personne d’autre… Il faudra bien plus que ce Siegfried pour que tu sois débarrassé de moi. As-tu envie d’être débarrassé de moi, Edward ?
- Non… Jamais ! Oh bon sang… Bellaaa !

Je me sentis décoller du tronc par les mains invisibles qui s’acharnaient à me palper sous toutes les coutures. C’était… indéfinissable. Je me faisais peloter par ma Bella sans qu’elle ne lève le petit doigt !

- Est-ce que ça te plait, Edward ? Est-ce que c’est bon ?

Sa voix basse et envoûtante m’acheva et je ne pus qu’hocher la tête en réponse ; j’ouvris finalement les yeux et mon gémissement se métamorphosa en grognement lorsque je découvris ma Bella, nue, au beau milieu des bois, à peine éloignée d’un pas. Je brûlais de la toucher mais j’en étais incapable, toujours sous son emprise.

- Montre-moi Edward, montre-moi à quel point c’est bon…

Ma main bougea d’elle-même, contre ma volonté, et s’enroula étroitement autour de mon chibre ; je feulais en la sentant coulisser malgré elle.

- Huuum… Tu n’as pas idée à quel point tu es appétissant ainsi, Edward… Un régal pour les yeux. Susurra ma Bella en se léchant les lèvres, les yeux rivés sur ma main qui me branlait fermement.
- Lib… Libère-moi et je te montrerai à quel point tu peux être appétissante, mon amour…

Elle ricana et continua à me tourmenter, déambulant devant moi les yeux rivés sur mon entre-jambe et ma main, prisonnières de sa volonté, soupirant et se léchant les lèvres en me voyant me masturber malgré moi. Je n’en pouvais plus… J’avais désespérément besoin de plus.

- Bella… S’il te plait !

Elle se frotta contre moi et le contact de sa peau nue contre mon chibre turgescent en était presque douloureux. Elle embrassa délicatement mon cou puis je l’entendis ricaner, le regard rivé sur ma main qui se faisait de plus en plus rapide. Je n’en pouvais plus, l’orgasme allait bientôt m’achever mais je ne le voulais pas, je la voulais elle.

- Bella… s’il te plait… j’y suis presque… je… Bella…
- Est-ce que tu as envie de moi, Edward ? Chuchota-t-elle d’une voix sensuelle contre mes lèvres.
- Toujours… Toujours Bella !
- Humm… Bonne réponse…

Je me sentis décoller du tronc avant d’être poussé au sol, Bella toujours à quelques centimètres de moi. Je ne pouvais pas bouger et je ne supportais pas ce sentiment d’impuissance totale, même si, je devais l’avouer, il n’y avait rien de plus excitant que d’être à sa merci. Ma main s’arracha brutalement de mon chibre, me faisant gronder de déception, et mes bras furent brutalement étendus au-dessus de ma tête tandis que Bella, debout, les jambes écartées et les pieds placés tout contre mes hanches, me dardait d’un regard sauvage, brûlant, glouton.
Je pouvais voir son humidité perler, s’écoulant légèrement sur ses cuisses, et je m’enivrais de son parfum capiteux et ô combien enivrant. Un sourire diabolique aux lèvres, elle plia lentement, ô trop lentement, les genoux avant de se laisser glisser plus lentement encore, si cela était possible, sur mon membre douloureusement tendu et impatient de sa délivrance. Ma diablesse coulissa langoureusement sur mon chibre, ondulant voluptueusement du bassin, apparemment satisfaite de m’avoir à sa merci. Je n’en pouvais plus, j’avais besoin, un besoin viscéral, de la toucher.

- Aaah… Bella !
- Oui mon amour ?
- Libère-moi ! S’il te plait ! S’il te plait ! S’il te plait !

Brusquement, les mains qui me retenaient prisonnier disparurent et ses lèvres s’emparèrent voracement des miennes, implacables. J’enroulais étroitement mes bras autour de sa taille alors qu’elle s’empalait violemment sur mon chibre et je dus faire appel à toute ma volonté pour ne pas sombrer immédiatement dans le plaisir. D’un brusque mouvement du bassin, j’inversais les rôles, plaquant son corps durement contre le sol et le couvrant du mien. Ses yeux s’écarquillèrent sous la surprise et ses ruades désespérées pour reprendre le dessus ne firent qu’augmenter mon envie. Elle voulait du contrôle ? Elle allait être servie…
Bella gémit alors que je mordillais doucement son cou, allant et venant en elle lentement malgré les suppliques silencieuses de son bassin qui ondulait furieusement contre le mien, puis elle cria lorsque je mordis un téton délicatement rosé tout en m’enfonçais en elle d’un brusque coup de rein.
Je croisais son regard ébène, brillant et brûlant de concupiscence, merveilleux accès à ses pensées les plus intimes. Son petit jeu plus tôt m’avait considérablement frustré et excité ; n’en pouvant plus, je m’agenouillais entre ses cuisses, agrippais fermement ses hanches à deux mains pour les plaquer sur mes cuisses et elle hurla sous mes assauts alors que je la martelais furieusement… frénétiquement… m’enorgueillis de ses cris extatiques. Ne se rendait-elle pas compte à quel point elle était galvanisante, ainsi ?
Les bras rejetés en arrière et les doigts enfoncés dans le sol, le cou tendu, la chevelure éparpillée autour de sa tête telle une corolle aux mille pétales, le dos courbé et la poitrine offerte, les cuisses grandement écartées et les chevilles croisées autour de ma taille, Bella était une splendeur de sensualité, une Vénus d’ivoire, une déesse à vénérer.
Une main plaquée sur son pubis et le pouce fermement ancré à son bouton de plaisir, un bras enroulé autour de sa taille soutenant ses épaules, j’augmentais la cadence au rythme de ses soupirs… gémissements… cris… suppliques…

- Edwarrrd ! Pluf… Presque… Si proooche !
- Oui ma belle… c’est ça… laisses-toi aller…

Je roulais son clitoris entre mon pouce et mon index et ma récompense se lisait clairement sur son doux visage. La bouche ouverte en un cri silencieux, les yeux révulsés sous ses paupières mi-closes, les traits illuminés par une enivrante extase et le visage tordu par le plaisir, elle était magnifique.
Je me mordis la lèvre en grognant lorsqu’elle se resserra violemment autour de mon chibre en hurlant, emportée par un orgasme d’une puissance dévastatrice ; il ne m’en fallut pas plus pour la rejoindre et je m’enfonçais en elle une dernière fois, savourant son intimité étroitement serrée depuis mes orteils jusqu’à la pointe de mes cheveux. J’étais chez moi, en elle.
Prenant appui d’une main pour ne pas m’écrouler sur Bella, je nous fis rouler jusqu’à ce que sa tête échoue sur mon torse et caressais tendrement ses cheveux tout en lui murmurant mon amour éternel en observant vaguement les étoiles. Je ne m’étais pas aperçu que nous étions ici depuis autant de temps, bien trop distrait par ma Bella.
Sachant que nous n’avions pas beaucoup de temps devant nous avant qu’Alice n’envoie les autres patrouiller à notre recherche, nous quittâmes à regret notre bulle de bien-être et de volupté. Pour une fois, nos vêtements n’avaient pas fini en lambeaux, ce qui n’était pas plus mal. Bella se rhabilla prestement tout en m’envoyant un baiser du bout des lèvres  et j’en fis de même de mon côté. Elle me tendit une main que j’attrapais vivement puis me darda d’un regard décidé.

- Il ne peut rien faire contre moi, Edward. Strictement rien. Tant que nous sommes ensemble, il ne peut pas nous atteindre. Ne laisse pas la peur assombrir tes pensées, ne la laisse pas te dominer. Je suis à toi mon amour. À toi et seulement à toi. Personne ne m’éloignera de toi, je te le promets.

À court de mot, le cœur serré par ses paroles suintantes de ferveur, je m’emparais doucement de ses lèvres, explorant sa bouche tendrement, les mains enfouies dans son épaisse chevelure, jusqu’à en perdre haleine. Nous nous séparâmes finalement au bout de longues minutes, ou peut-être des heures, le souffle court et le regard brûlant, avant de reprendre le chemin de la maison à allure humaine ; nous n’étions pas pressés finalement.
Lorsque nous arrivâmes à la villa, celle-ci était bondée. Les conversations et les éclats de rire suite aux blagues et cabrioles de mes frères faisaient rage ; ceux-ci avaient encore fait je ne sais quel pari ridicule et en voyant la petite Bree sautiller sur place en tapant des mains, fidèle imitation de mon petit lutin de sœur, et le visage maussade d’Emmett, je compris aisément que la jeune vampire avait gagné son pari. En plongeant dans l’esprit de Rosalie, j’en découvris l’ampleur : mon ours de frère était persuadé qu’il pouvait mettre sa pâtée à Diego en moins d’une minute. Mais c’était sans compter sur l’extraordinaire force dont le nouveau-né était pourvu. Résultat, Emmett devait défiler dans les rues de Forks, déguisé en Télétubbies ! D’ailleurs, vu le nombre de parieurs qui avaient misé sur la force colossale d’Emmett, Diego et Bree étaient maintenant les heureux détenteurs d’une belle petite somme d’argent, de la canne à pêche préférée du Chef Swan – qui avait parié sur la victoire d’Emmett et qui s’en mordait désormais les doigts – et de la M3 customisée de Rosalie.
Alors qu’Alice riait comme une petite folle, se moquant d’Emmett qui n’avait pas voulu la croire lorsqu’elle lui prédisait sa défaite, elle se figea subitement, les yeux dans le vague, avant de ressortir de sa vision, une expression d’intense terreur gravée sur son visage joyeux, et sa voix semblant sortir tout droit d’outre-tombe s’éleva gravement dans l’air.

- C’est pour bientôt. Ils sont en route.